A VOS AMOURS
Votre verre a choqué le mien ,
Selon le vieil usage.
Et votre voix m'engage A prolonger cet entretien.
S'il faut chanter celle que j'aime.
Volontiers j'obéis, Car je suis absent de mpi-méme
Comme de mon pays.
Des mœurs anciennes Suivons le cours :
Je bois à vos amours,
Kt vous boirez aux miennes.
Entre elle et moi l'on avait cru
Mettre la terre entière :
Je regarde en arrière Le sillon que j'ai parcouru.
Pour traverser les mers lointaines ,
Mon cœur se fait vaisseau ; Pour franchir les monts et les plaines ,
Mon cœur se fait oiseau.
Des mœurs anciennes
Suivons le cours :
Je bois à vos amours, Et vous boirez aux miennes.
En m'éloignant je lui promis
Qu'à l'heure coutumière
Je dirais ma prière , Et que son nom y serait mis.
Avant que paraisse l'aurore,
Ce doux nom me poursuit , Et ma prière dure encore
Lorsque revient la nuit.
Des mœurs anciennes
Suivons le cours :
Je bois à vos amours.
Et vous boirez aux miennes.
Si quelqu'un de vous a connu Les tourments de l'absence , Qu'il ait la souvenance
Du pays qui Ta retenu.
Si quelque chaste fiancée
Attend votre retour, Adieu, portez-lui la pensée
D*un exilé d'amour.
Des mœurs anciennes
Suivons le cours :
Je bois à vos amours, Et vous boirez aux miennes.
L'HISTOIRE DU GÉMÉRAL
Je vais vous raconter l'histoire De mon illustre Général.
— Qu'on verse à boire Au Caporal !
— Il naquit dans un âge tendre
A Lille, en Flandre.
Jeunes conscrits , écoutez bien Ce que raconte votre ancien :
J'ai soif! à boire !
— Qu'on verse , verse à boire
Au Caporal !
Il va conter l'histoire
Du Général.
Je vais vous raconter l'histoire Du père de mon Général.
— Qu'on verse à boire
Au Caporal !
— Il se montra de grande taille
A la bataille.
Il a cueilli bien des lauriers Dans le premier carabiniers.
J'ai soif! à boire !
— Qu'on verse , verse à boire Au Caporal !
Il raconte l'bistoire Du Général.
Je vais vous raconter l'histoire Du frère de mon Général.
— Qu'on verse à boire Au Caporal !
— Il tira le numéro treize...
Et trois font seize.
Il a cueilli bien des lauriers Dans le deuxième cuirassiers.
J'ai soif! à boire!
— Qu'on verse , verse à boire .
Au Caporal!
Il raconte l'histoire Du Général.
Je vais vous raconter l'histoire De l'oncle de mon Général.
— Qu'on verse à boire Au Caporal !
— Il est sorti de la fabrique
Polytechnique.
Il a cueilli bien des lauriers Dans le troisième canonniers.
J'ai soif! a boire !
— Qu'on verse , verse à boire Au Caporal !
Il raconte l'histoire Du Général.
Je vais vous raconter l'histoire De la sœur de mon Géné)*al.
— Qu'on verse à boire Au Caporal!
— On appréciait sa cuisine
 la cantine.
Elle arrosa bien des lauriers Dans le quatrième lanciers.
J'ai soif! à boire!
— Qu'^n verse , verse à boire Au Caporal !
Il raconte l'histoire Du Général.
Je vais vous raconter l'histoire Des enfants de mon Général.
— Qu'on verse à boire Au Caporal !
— C'étaient des conscrits bien honnêtes,
Comme vous l'éles, Payant la goutte à leur ancien Qui leur disait : Écoutez bien :
J'ai soif! à boire!
— Qu'on verse, verse à boire
Au Caporal !
Il a conté l'histoire
Du Général.
SLPPOSITIOX.
Vous êtes triste , mon amie ;
Triste, pourquoi?
Le bonheuf vous tient endormie ,
Écoutez-moi :
Vous êtes jeune , et je suppose
Que ving[t ans, c'est si peu de chose,
Soient révolus :
Je suis ridé , ma tête est blanche ; Votre corps moins souple se penche ;
Nous n'aimons plus.
Alors, un soir, un soir d'automne,
Je vous revois , Nous sommes vieux, vous êtes bonne
Gomme autrefois.
Je prends votre main dans la mienne, Et je vous dis : « Qu'il vous souvienne
Des jours passés ,
Quand jeunes et libres ensemble »
Ma voix s'éteint, votre main tremble;
Vous rougissez.