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LE RUISSEAU

Que dis-tu , ruisseau transparent ,

En courant Sur ton lit de sable et de pierre?

Est-ce un chant , est-ce une prière Que tes eaux s'en vont murmurant?

Tantôt ta voix semble , plaintive , Le bruit du vent dans les roseaux ; Tantôt, avec des cris d'oiseaux, En jouant tu baises la rive.

Quand bien loin vers d'autres climats

Tu t'en vas.

Vas-tu recueillir sur la route

Les larmes que goutte par goutte L'homme doit verser ici-bas?

Es-tu la sueur de la terre Qu'agite un labeur incessant?

Viens-tu nous montrer en passant Que la fatigue est salutaire?

Le ruisseau répond : J'ai ma loi ;

Comme moi Tu cherches en vain ton mystère; Je ne sors du sein de la terre Que pour y rentrer comme toi.

Je nais aux régions lointaines Que parfume l'air des hauts lieux ; Ma source est voisine des cieux ; Mon poids me pousse vers les plaines.

Parmi les cailloux arrondis,

Je bondis, Rapide comme l'avalanche, Aussi pur que la robe blanche Attachée aux monts engourdis.

Bientôt, par des pentes fleuries Je parviens aux premiers hameaux ; Guidé par d'habiles canaux , Je vais arroser les prairies.

Je descends grossi par les eaux

Des coteaux ; Un moulin m'oppose sa roue ;

:î9(ï GUSTAVE NADAUD.

D'un obstacle aisé je me joue , Et je cours à d'autres travaux.

Plus loin , des forêts abattues J'emporte les débris craquants, Comme la lave des volcans Charriant les blocs des statues.

Je berce en mon calme bassin

Un essaim De barques aux rames nacrées ; Des bateaux chargés de denrées Lentement sillonnent mon sein.

Je baigne les villes allières , Et l'eau virginale des monts Entraine vos impurs limons :

Les ruisseaux deviennent rivières.

Toute source en mon lit profond

Se confond ; A mon onde un peuple s'abreuve ; Je suis roi des eaux : je suis fleuve , Et j'aspire au gouffre sans fond.

Déjà ma vieillesse commence ;

Je ne suis né que pour mourir.

On ne se lasse de courir

Qu'en tombant dans la mer immense

Que dis-tu 9 ruisseau transparent,

En courant Sur ton lit de sable et de pierre?

Est-ce un chant, est-ce une prière Que tes eaux s'en vont murmurant?

CHANSONS. im

LIWE EXPIATIOX.

8ulut, Arthur, cocher plein d'élégance, Bel écuyer, joueur et libertin , Riche d'état, prodigue de naissance;

Il n'est pas midi, que je pense :

Où vas-tu lie si grand matin ?

La vie humaine est longue et monotone , Grave d'ennuis et pleine d'embarras.

Tu veux, dis-tu, la mener courte et bonne?

Jouis avant que l'heure sonne

Non , tu dois vivre , tu vivras !

Va, mon fils; dépense, dépense.

Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence ' A ses desseins sur toi.

Il faut qu'il ait une origine impure,

Ce lourd métal qui glisse entre tes doi{^s.

Qu'il ait le sceau du vol et de l'usure ,

Qu'il soit chargé d'une souillure

Dont tu ne peux porter le poids.

Dieu doit garder des peines exemplaires Aux criminels riches et triomphants.

Ton héritage est gros de ses colères :

Il faut que le crime des pères

Soit expié par les enfants.

Va , mon fils ; dépense , dépense , Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence A ses desseins sur toi.

Sens-tu partout crouler ton édifice ?

L'usurier coiirt à la moisoii en feu ; Sa part est là, ton luxe en fait justice;

Le revenu de l'avarice

Sera dévoré par le jeu.

Tu veux en vain t'arréter sur la pente ; Tu marcheras sans repos , sans retour, Et le plaisir fuira ta lèvre ardente ;

L'amitié te sera pesante ;

Tu ne connaîtras pas l'amour.

Va , mon fils ; dépense , dépense.

Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence * A ses desseins sur toi.

Où donc serait la vengeance céleste, Si tu pouvais , brisant un pacte ancien , Mettre à l'abri l'épargne qui te reste ,

Pour vivre paisible et modeste

Et finir en homme de bien ?

Non ! c'est ton or qui fera ton supplice : Qu'il soit le flot par l'orage battu ; Que tout courant lui creuse un précipice ;

Qu'il tombe dans l'égout du vice

Pour remonter à la vertu !

Va, mon fils; dépense, dépense.

Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense, dépense.

La Providence A ses desseins sur toi.

Et maintenant, que vingt ans, je suppose.

Soient écoulés , te voilà seul , transi ,

Sur un grabat , vieillard pauvre et morose ;

Écoute : par ta porte close

Un chant de joie arrive ici.

Un artisan et sa jeune épousée Ouvrent le bal ; tu les connais tous deux. Dans ton déluge ils trouvent leur rosée ;

Toute colère est apaisée :

Tu peux mourir, ils sont heureux.

Va, mon fils; dépense, dépense.

Tu subis une dure loi :

Dépense, dépense > dépense.

La Providence  ses desseins sur toi.

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