QUINZE AVRIL
Je demande à mon amie
Par quelle erreur Elle a pris l'économie
En sainte horreur; Pourquoi , n'ayant pas les vices
Des filles d'or, Elle en a tous les caprices
Et plus encor?
Elle répond haut et ferme
Dans son babil :
« Je suis née un jour de terme,
Le quinze avril. »
C'est en effet la journée
Où dans nos doigts Glisse la somme épargnée
Durant trois mois ; C'est l'époque où tout programme
. Se fait nouveau , Où le serpent et la femme
Changent de peau , Où la laine se renferme
Pour le coutil :
Elle est née un jour de terme,
Le quinze avril.
Il faut bien qu'elle produise
Trois mois avant Tout ce qui sera de mise
L'été suivant.
Puis la floraison des roses
Viendra bientôt ; Elles ne sont pas écloses
Qu'il les lui faut.
C'est l'heure où la vigne germe,
Non sans péril :
Elle est née un jour de terme.
Le quinze avril.
Elle me traite d'avare
Si je prétends Que le chasselas est rare
Dans le printemps.
Parfois enfin je me fâche,
Puis, tout confus, Je transige comme un lâche ,
Car un refus , C'est la poudre qu'on enferme
Dans le baril :
Elle est née un jour dé terme ,
Le quinze avril.
Elle a des fêtes sans nombre
Qu'elle connaît.
Pas un saint ne reste à l'ombre
Dans son carnet.
C'est la sainte Mousseline,
Le saint Bijou , La déesse Crinoline,
Le dieu Joujou ; Et moi je suis le dieu Terme
Mis sur le gril :
Elle est née un jour de terme ,
Le quinze avril.
Je me plume et me dédore ;
Mais, entre nous.
Elle m'aime et je l'adore :
Que voulez-vous?
Une femme qu'on possède
Chez soi , pour soi , Et qui n'est vraiment pas laide
Dans son emploi , Cela flatte Tépiderme;
C'est si gentil !
Elle est née un jour de terme ,
Le quinze avril.