‹ ChansonsChapitre 169 sur 201 · LE POMMIER · texte numérisé non relu

LE POMMIER

Le vent est un sublime orchestre Qui fait vibrer l'écho terrestre

Et fait Tarbre chanter.

Il souf&e dans les branches folles Des sons qui semblent des paroles

Et qu'on pourrait noter.

Hier, je trouve sur ma route

Un pommier qui causait.

Ému, je m'arrête, j'écoute.

Voici ce qu'il disait :

Passant qui regardes mes pommes , Tu vois sans doute que nous sommes

En plus d'un point pareils ; Mes fruits sont amers ou suaves , Gomme tes jours légers ou graves ,

Nébuleux ou vermeils.

Que d'espérances avortées

Dans leur première fleur!

Que de croissances trop hâtées

Que le ver perce au cœur !

Pourtant la sève germe et monte ; Alors un prodigue sans honte

Sur nous lève la main ; ^

Il cueille sa vendange verte Et vient couper l'artère ouverte

Au miel du lendemain.

Ou bien c'est l'homme au cœur de marbre »

L'avare froid et dur.

Qui laisse dessécher sur l'arbre

Mon sang liquide et mûi*.

Ainsi vous récoltez sans cesse , Par trop de hâte ou de paresse ,

Le fruit vert ou gâté.

Le sage seul, parmi les hommes.

Cueille ses jours , cueille ses pommes ,

Dans leur maturité.

Page 1