‹ ChansonsChapitre 170 sur 201 · LA DAME AU PASTEL · texte numérisé non relu

LA DAME AU PASTEL

Pour le jour de sainte Isabelle , Certain mari des plus jaloux Fit à sa femme , jeune et belle , Un don singuUer entre tous :

Il disposa dans une boîte

Neuf OU dix crayons de pastel Représentant de gauche à droite.

Tous les rayons de Farc-en-ciel.

a Je sais ton goût pour la peinture , Dit le madré; favorisons Les penchants de notre nature....

J'ai mes raisons.

» D'abord , essayons de ce rose ; Avec le doigt cela s'étend Sur la joue, et la fleur éclose N'a pas un ton plus éclatant.

Voici le noir pour la paupière Qu'on estompe par des glacis ; Tu peux de la même matière Allonger l'arc de tes sourcils.

En vain chercherait-on à Sèvres De plus riches combinaisons....

N'oublions pas le rouge aux lèvres — J'ai mes raisons.

» Il faudrait encor, ce me semble, Pour adoucir le coloris, Répandre sur tout cet ensemble Un nuage en poudre de riz.

Blanchissons les monts et les plaines Du dos , de l'épaule et du cou ; Garde un peu de bleu pour les veines Qui vont se perdre on ne sait où.

Maintenant, admire toi-même Le chef-d'œuvre que nous faisons.

Te voilà telle que je t'aime....

J'ai mes raisons. »

On peut deviner la tactique De cet ingénieux mari :

Saisissez le lis magnifique, Cueillez le papillon fleuri.

Le lis aussitôt se déflore, Et le pollen vous reste aux doigts.

Femme peinte se décolore Gomme le papillon des bois.

Ne portez sur un tel ouvrage

Ni main ni lèvre Mais passons....

Je n'en dirai pas davantage....

J*ai mes raisons.

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