LES PECHES DE VIGNE
Sur la lisière de la vigne S'élève un modeste arbrisseau.
Un pécher qui coupe la ligne Des ceps étages au cordeau.
Il semble être là par mégarde ; On ne recueille pas ses fruits.
Je m'interroge , et je regarde Ce qu'il est et ce que je suis.
Le printemps fait monter la sève Le long des rameaux conducteurs.
Avril parait , le bourgeon crève ; L'arbre a donné toutes ses fleurs.
Puis sa feuille taillée en flèche Mesure l'ombre aux plants voisins.
Au vent du sud elle se sèche Pour laisser mûrir les raisins.
Vient le mois d'août , le mois suprême Qui convertit la sève en miel.
Le fruit mûr tombe de lui-même Au pied de l'arbre paternel.
Les enfants y engeance maligne, Par les chemins vont maraudant , Et mordent aux pêches de vigne Dont le sang jaillit sous la dent.
Ainsi végète , ainsi bourgeonne L'arbuste où florit ma chanson ; Il ne porte ombrage à personne ; Ses fruits tombent dans leur saison.
Le premier venu les ramasse Et se désaltère un instant :
Le bon Dieu m'a fait cette grâce , Et je le bénis en chantant.