‹ ChansonsChapitre 178 sur 201 · L'ÉTAMINE · texte numérisé non relu

L'ÉTAMINE

Sur la fleur qui se plaît au champ En son vol s'arrête l'abeille.

Une étamine, en se penchant,

Lui dit ce chant Que le cœur murmure à l'oreille :

Prends mes parfums et bois mes pleurs , Heureux insecte qui voltiges.

Mais n'as-tu pas pitié des fleurs ,

Tes pauvres sœurs , Que le sort attache a leurs tiges?

Écoute-moi : si plus d'un jour Mes saveurs firent ton délice , Si jamais tu connus l'amour,

Sois à ton tour Ma confidente et ma complice.

Une secrète affinité Pousse l'amoureuse étamine

GHANSOJNS. 425

Vers le pistil déshérité

Dont la beauté Par delà les iponts se devine.

Vingt fois j'ai pris pour messager Le vent. ... Le vent est infidèle ; Il n'a jamais su diriger

Le corps léger Que je confiais à son aile. .

Et le pollen ne rencontrait A la fin de sa course errante Que l'épi , l'herbe ou la forêt ,

Ou s'égarait Sur quelque fleur indifférente.

Ma poussière se dispersait :

Emportes-en quelques parcelles Dans le velours de ton corset,

Et pars.... Qui sait?...

AbeiUe, que n'ai-je tes ailes!

Sur chaque fleur va te poser, Et si le sein de la plus belle S'entr'ouvre comme pour puiser

Notre baiser, Abeille , arréte-toi : c'est elle !

Je sens ce qu'elle a dû soufFrir A ma peine , qui fot amère.

Adieu. Puisses-tu la guérir!

Je vais mourir :

Qu'elle vive et qu'elle soit mère !

Page 1