‹ ChansonsChapitre 181 sur 201 · LE LIVRE FAVORI · texte numérisé non relu

LE LIVRE FAVORI

Le livre de choix ou d*étude Qu'on repasse par habitude Et les yeux fermes à demi , Celui qui semble de lui-même 8e rouvrir aux pages qu*on aime, Ce livre-là, c'est un ami,

Un ami qui vous fait visite Et qui , venant sans qu'on l'invite , Jamais ne se montre importun.

On le déguste feuille à feuille, Ainsi qu'un fruit mûr on le cueille , On le hume comme un parfum.

H n'exige pas qu'on l'admire; Il vous instruit sans vous le dire , Professeur indulgent et doux.

On sent l'écrivain dans le livre;' Il semble tout exprès revivre Pour venir causer avec vous.

Il charme bien plus qu'il n'étonne; Son orgueil n'offense personne, Il vous maintient à sa hauteur.

On finit le vers qu'il commence ; S*il ne Tavait écrit d'avance.

On croirait en être Fauteur.

D'autres veulent un grand théâtre ;

Il leur faut la foule idolâtre

Et les chaudes ovations.

Ils cherchent les routes nouvelles,

Et vous emportent sur leurs ailes

Vers les hautaines régions.

On veut les suivre dans l'espace ; Le souffle manque, l'œil se lasse, On retombe tout haletant.

On rentre au logis habitable , Et l'on retrouve sur sa table Le livre ami qui vous attend.

Nous ne vivons pas sur des cimes; Craignons les poëtes sublimes Gonflés de leurs propres efforts.

Ceux qui conviennent à nos âges , Ce sont les simples et les sages , Et non les puissants et les forts.

Pour moi , si l'on veut le connaître , Celui que j'ai choisi pour maître, C'est l'homme élégant et poli Qui fuyait les cités malsaines, Et qui m'invite avec Mécènes Dans sa villa de Tivoli.

Je conviendrai , pour être juste , Qu'il flattait un peu trop Auguste,

Et que trop large était son cœur ; Mais il est maître en Fart de vivre , Et sa bonne humeur vous enivre Ainsi qu'une vieille liqueur.

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