‹ ChansonsChapitre 182 sur 201 · L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

L'ESTOMAC

Ce n'est pas tout de manger et de boire «

S'il en faut croire Certain dicton tourné comme un refrain.

Je n'en connais ni l'auteur ni la date;

Est-ce Hippocrate, Ou Désaugiers, ou Brillât-Savarin?

Voici ce dicton populaire (C'est de l'homme que l'on parlait) :

« Dites-moi comment il digère, Et je vous dirai ce qu'il est. »

C'est en effet l'estomac qui te mène ,

Machine humaine Qu'un grand ressort anime et (ait mouvoir. S'il marche mal, l'horloge la meilleure

Ne sait plus l'heure Et prend toujours le matin pour le soir.

L'estomac dirige la tête , Et la pensée est un ruisseau Qui prend sa source dans la bête Pour se filtrer dans le cerveau.

Selon Tétat du corps qui la voit naître ,

Elle peut être Triste ou riante alors qu'elle jaillit , Pareille à Teau qui va calme ou rapide ,

Trouble ou limpide, Selon le sol où s'est creusé son lit.

Connaissez-vous un hypocrite , Un bilieux au teint cuivré?

Vous connaissez une gastrite Dans un appareil délabré..

Les mécontents , les pointus et les aigles ,

Espèces maigres, Tristes engins , pauvres tempéraments :

L'ambition, la fureur des richesses,

Lourdes espèces, Grands appétits et mauvais instruments !

Voyez au contraire cet homme Qui rit et chante en un taudis , Rouge et poli comme une pomme , Il digère, je vous le dis.

Il sent toujours germer dans sa poitrine

La fleur divine , Fleur de galté qui s'ouvre avec le jour. Il est heureux d'un rayon qui l'enivre,

Heureux de vivre , Enclin au bien et dispos à l'amour.

Soignons ce précieux viscère Comme la prunelle des yeux :

Le rétablir, c'est nécessaire ; L'entretenir, cela vaut mieux.

4d4 GUSTAVE NADAUD.

Certain mari , gouverné par sa femme ,

Un jour réclame L'autorité , signe d'échauffement !

Un purgatif rétablit l'équilibre ,

Et, l'esprit libre.

Il redevient mouton en un moment.

L'estomac, c'est l'homme lui-même; C'est par là qu'on nous a légué L'esprit malsain et le teint blême, Ou le teint clair et le cœur gai.

Hier, un pinson me lançait sa roulade :

a Mon camarade , Lui dis-je alors, te voilà bien joyeux? » Il répondit dans sa trille légère :

« L'oiseau digère Mieux que personne; il doit donc chanter mieux. »

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