CHANT D'AMOUR
O vous qui fûtes à ma vie Ce qu'aux aveugles est le joiu*, .le voudrais, selon votre envie.
Que vers vous mon âme asservie S'exhalât dans un chant d'amour.
Parmi les langues les plus douces , Je choisirais des mots bénis , Tendres comme les jeunes pousses ,
Et plus délicats que les mousses Dont les oiseaux tissent leurs nids.
J'emprunterais à la musique Ses accords les plus caressants , Aux ruisseaux leur note rustique , A la mer son vaste cantique , Aux ramiers leurs plaintifs accents.
J'emprunterais à la peinture Son azur et son vermillon , Au printemps sa jeune verdure y Son duvet à la pèche mûre, Sa poudre d'or au papillon.
J'irais partout comme l'abeille Prendre son miel à chaque fleur.
Cueillir ce qui flatte l'oreille , Ce qui charme , ce qui réveille L'odorat, les yeux ou le cœur.
Et je dirais : « Je vous adore, Je vous aime et n'aime que vous. »
Mais ce n'est pas assez encore ; Il faudrait des mots que j'ignore, Des mots plus chastes et plus doux
L'OISEAL EX CAGE
J'écoutais de ma fenêtre Un oiseau qui fredonnait ; C'était un merle peut-être, Ou peut-éti^c un sansonnet.
Il m'éveillait dès l'aurore , Je l'entendais jusqu'au soir ; La nuit il chantait encore , Et je ne pouvais le voir.
Lors , je dis au chanteur sombre :
« Tous les jardins sont fleuris , Tous les bosquets sont pleins d'ombre : Pourquoi rester à Paris?
ts Ici , la feuille est flétrie Au premier souffle d'été ; Va goûter dans ta patrie L'air pur de la liberté. »
J'en aurais dit davantage; Un soupçon vint m'arrêter :
Sans doute il était en cage...
Mais alors, pourquoi chanter?