TL NE COMPRENDS PAS
Tu ne comprends donc pas Que ton regard est ma lumière , Et que si parfois ta paupière S'égare sur un autre, hélas!
Je sens un froid qui me pénètre , Le doute envahit tout mon être?
- Non , tu ne comprends pas.
Tu ne comprends donc pas Que ta voix est mon harmonie.
Que si ta parole bénie Sur un autre tombe tout bas, Je voudrais tarir sur tes lèvres La musique dont tu me sèvres?
Non, tu ne comprends pas.
Tu ne comprends donc pas Que ton sourire est ma caresse, Et que si parfois il s'adresse  qui que ce soit ici-bas.
Ce m'est une mortelle injure Que je te «dois .et que j'endure?
Non, tu ne comprends pas.
Tu ne comprends donc pas Que tes yeux , ta voix , ton sourire Sont l'air vital que je respire?
Et ces biens que tu me donnas , Tu ne peux les prêter à d'autres, Car ils sont miens, puisqu'ils sont nôtres < Mais tu ne comprends pas.
CATHERIXE.
Mes frères sont là-bas , Qui font tourner la roue à bras Ou la meule.
Et moi , dans la maison , Je demeure , comme en prison , Toute seule.
Petit Pierre, pourquoi...
(Je suis fille) Ne m*a-t-on pas donnée à toi ?
Courez, mon aiguille.
Mes parents , tout le jour, Restent aux champs jusqu'au retour De l'étoile.
Moi , je couds les habits Pris dans la toison des brebis Ou la toile.
Petit Pierre, pourquoi... (Je suis fille) Ne m'a-t-on pas donnée à toi ?
Courez, mon aiguille.
Je chantais autrefois Gomme les merles dans les bois.
A cette heure , Je les entends chanter Sans dësir de les imiter, Et je pleure.
Petit Pierre, pourquoi...
(Je suis fille) Ne m'a-t-on pas donnée à toi?
Gourez, mon aiguille.
Mes cheveux vont blanchir ; Mais à quoi sert de réfléchir?
J'étais blonde.
Je n'en ai pas juré; Mais jamais plus je n'aimerai Dans ce monde.
Petit Pierre, pourquoi...
(Je suis fille) Ne m'a-t-on pas donnée à toi?
Gourez mon aiguille.
Allez , allez , mes sœurs , Aspirer, sous la haie en fleurs , L'aubépine.
Et vous , restez ici A ressasser votre souci , Gatherine.
Petit Pierre, pourquoi...
(Je suis fille) .
Ne m'a-t-on pas donnée à toi?
Gourez, mon aiguille.
46S GUSTAVE KADAUD.
LA GLORIELSE.
Elle était devant son miroir.
Lissant le double bandeau noir De sa chevelure soyeuse ; Elle dit d'un ton dédaigneux :
« Comment trouvez-vous mes cheveux?»
La glorieuse !
« On m'a dit souvent que mes yeux Sont aussi profonds que les cieux , Surtout quand je suis sérieuse.
Voulez-vous vous en assurer?
Tâchez de me faire pleurer. »
La glorieuse !
« Pour ma bouche, c'est différent; Je n'ai d'orgueil en la montrant Que les jours où je suis rieuse.
Mes dents ont des reflets nacrés ; Faites-moi rire, vous verrez. »
La glorieuse !
a Et puis , ne remarquez-vous pas La blancheur mate de mon bras , Et cette ligne harmonieuse Qui va de l'épaule au, menton , Beauté de sculpteur, me dit-on? »
La glorieuse !
« Vous n'avez non plus jamais dit Que j'ai le pied petit, petit, Que ma toille est délicieuse.
Je n'en tire pas vanité ; Mais on me Ta tant répété ! »
La glorieuse !
« Si vous n'êtes pas fou de moi , Je ne puis comprendre pourquoi.
Répondez, je suis curieuse.
Me trouvez-vous quelque défaut? »
Alors, je m'écriai tout haut :
« La glorieuse ! »
« Oui , glorieuse , c'est cela !
H me faut, sous ce titre-là.
Une chanson vive et joyeuse ! »
Pendant deux jours j'ai résisté , Et le troisième, j'ai chanté :
« La glorieuse. »