MONTAGNE ET VALLÉE
Sur le mont couronné de glace Je gravis depuis le matin ; Je veux , pour y marquer ma trace , Atteindre son sommet lointain.
GUSTAVE 3SADAUD.
Épuisé, je m'arrête en route, A mi-côte, au milieu du jour; Mes yeux se feraient, et j*écoute Deux Toix qui parlent tour à tour :
ft Monte Ters moi , dit la mont ajpie ; Choisis les plus âpres chemins :
Comme Taigie sur la campagne Tu planeras sur les humains.
Tu boiras le vent des orages ; Le soleil fixera tes yeux ; Tes pieds seront dans les nuages , Et ton firont touchera les cieux. »
— • Descends vers moi, dit la vallée; C'est à mon modeste niveau
Que la vie obscure et voilée 8'ccoule comme un clair ruisseau.
Mon égale température Sied à Toiseau comme à la fleur.
J'ai Tabri contre la froidure.
Et l'ombre contre la chaleur. »
— a Monte vers moi , dit la montagne ; On se grandit en s'élevant; L'ambition est ta compagne,
Et la gloire marche devant.
C'est de l'azur des hautes cimes Que se nourrissent les grands cœurs De ces égoïstes sublimes , Les poètes et les vainqueurs. »
— « Descends vers moi , dit la vallée ; Mon eau sort du glacier voisin ,
Mais elle ne devient peuplée
(Ju*en se récbauffiint dans mon sein.
Ici , des humaines tourmentes
Expirent les chocs furibonds ;
Ici sont les femmes aimantes
Et les hommes simples et bons. »
Ainsi m*ont parlé , dans un rêve y Les deux voix d'en haut et d'en bas : Je n'hésite plus, je me lève; Qu'un bon esprit {[uide mes pas !
Je suis ma pente naturelle , Et je vais où courent les eaux , Où l'affection me rappelle, Où sont les fleurs et les oiseaux.