‹ ChansonsChapitre 22 sur 201 · LES GRANDS-PERES · texte numérisé non relu

LES GRANDS-PERES

Du temps de vos grands-pères , Vertueux grands-papas, Vous étiez moins sévères Et vous ne grondiez pas.

Us vous faisaient la guerre , Ils faisaient comme vous ; Mais vous n'écoutiez guère , Vous faisiez comme nous.

D'une âme fort égale Écoutant leurs leçons , Quand ils parlaient morale ,

Vous répondiez Chansons !

Et, sans reprendre haleine.

Vous alliez , jeunes fous ,

Courir la prétantaine. . . .

Vous faisiez comme nous.

Vous faisiez des victimes , Ingrats ! . . . vous les trompiez ; Vous trompiez vos intimes , En trompant leurs moitiés; Et vous trompiez les vôtres , Qui souvent 9 avant vous, En avaient trompé d'autres....

C'était comme chez nous.

Lorsque , chang^eant de rôles , Nous aurons des enfants , Nous trouverons les drôles Pires que leurs parents , Les amants moins fidèles , Moins sag^es les époux, Et les beautés moins belles ; Nous ferons comme vous.

Mais si jamais , lassée De son trop long repos , La France menacée Agitait ses drapeaux ; Reprenant votre épée Que l'Europe à genoux De son sang vit trempée , Nous ferions comme vous ! . .

Il est un pays plein de charmes , Qui dans mes plaisirs ou mes larmes y Souvent, souvent, est revenu; Est-il au couchant , à l'aurore , Au nord, au midi?... je l'ignore :

C'est l'inconnu!...

Là , régnent la vertu profonde , La paix du cœur, l'oubli du monde ; Là , tout est chaste et retenu :

Le cri des passions humaines N'atteint pas à ces hauts domaines :

C'est l'inconnu.

Les fleiu*s y naissent sans culture; A toute chose la nature Prête son éclat ingénu ; Tous les cœurs sont droits et sincères, Tous les hommes s'aiment en frères :

C'est l'inconnu.

Là , le pouvoir n'a pas d'entraves ; L'or n'y sema jamais d'esclaves.

Sans usure et sans revenu , Là, toute richesse est commune, Le bonheur seul fait la fortune :

C'est l'inconnu.

Point de royautés légitimes !

L'homme, sans juges et sans crimes* Par nul lien n'est retenu ; L'air libre et pur de la patrie Est mortel à la tyrannie :

C'est l'inconnu.

O toi , qui m'ouvres ces contrées , Au ciel pur, aux plaines dorées, Beau rêve , sois le bienvenu :

Par toi sont les vierges fidèles , Par toi, les amours immortelles....

C'est l'inconnu!

Page 1