‹ ChansonsChapitre 21 sur 201 · LES MOIS · texte numérisé non relu

LES MOIS

Il faut de la philosophie Pour supporter les coups du sort ; C'en est fait, je me sacrifie, Demain, demain, je serai mort; Ma future est jeune , elle est belle , Et je l'aimerai , je le dois ; Je veux toujours être auprès d'elle....

Mais dans un mois....

On me polit, on me façonne Aux mœurs de mon nouvel emploi , Et des avis que l'on me donne Je me suis fait un code à moi ; Je suis comme l'agpieau sans tache , Je baisse les yeux et la voix ; On m'a fait couper ma moustache....

Mais dans deux mois....

J'aimais à fîimer un cig^are.

J'avais de généreux amis , ^ Et toujours le plaisir avare A nos banquets était promis.

Je ne bois que de Teau roug^ie; Adieu les chansons d'autrefois

Et les bienfaits de la régie

Mais dans trois mois

Femmes jeunes , femmes jolies , Que de regards j'avais pour vous !

Que de désirs , que de folies ! . . .

Passez, passez autour de nous.

Gardez pour un œil moins sévère Vos traits fins et vos frais minois ; J'ai perdu le droit de vous plaire...

Mais dans six mois ! . . .

Ma foi y nargue de la tristesse !

Je veux , tandis que le jour luit , Faire ma seconde jeunesse Et prolonger le temps qui fuit.

A tout soupçon inaccessible , Je serai bon mari , je crois ,

Et père le plus tard possible —

Mais dans neuf mois ! . . .

LA CHALMIëRë.

0 bayadères,

Nymphes' légères , Loin de Paris s'envolent les hivers;

Venez, fringantes

Étudiantes , L'air est limpide et les bosquets sont verts.

Que du printemps les aimables prémices , Du noir Prado fermant les deux battants , Rouvrent vos cœurs aux amoureux caprices y Et la Chaumière à vos pas inconstants.

Dans leur volage

Pèlerinage, Voyez , là-bas , cent couples assortis

Suivre avec grâce

Du mont Parnasse Les frais berceaux et les jardins fleuris.

Voyez bondir chaque fille rieuse , En éteignoir son chapeau se pencher.

Et sa mantille accuser, la flatteuse!

Tous les contours qu'elle devrait cacher.

Mines coquettes ,

Riches toilettes , Venez briller dans le joyeux séjour ;

Heureux délire !

Tout y respire La volupté, la jeunesse et l'amour.

Sous ces bosquets , pavillons tutélaires , Sur ces gazons, ingénieux sofas.

Que de plaisirs , que d'étranges mystères , Que l'on comprend , et que l'on ne dit pas !

Discrets bocages ,

Sous vos ombrages

Cachez toujours ces charmantes erreurs y.

Et ces pensées Jadis tracées Sur les rameaux de vos lilas en fleurs !

Feut-étre un jour, quand nos têtes blanchies Se courberont sur nos corps énervés, Trouverons-nous sur vos tiges grandies Des souvenirs par vous seuls conservés!

Réminiscence

De notre enfance, ijue vous ferez alors battre nos cœurs !

Biens éphémères ,

Fleurs passagères, Nos yeux taris vous donneront des pleurs!

Mais à présent que la force et la vie Dans tous nos sens circulent à grands flots. Enivrons-nous.... Aujourd'hui la folie, Le bruit, le monde! et demain le repos.

O ma déesse

Enchanteresse, Viens , épuisons la coupe du plaisir,

Source idéale ,

Où tout exhale ITn souffle , un chant , un parAim , un désir !

Vois , comme nous , la nature avivée Des bois épais nous offrir le manteau ; Là, rherbe fraîche, en tertre relevée.

Etend au loin son canapé nouveau.

Puis , des montagnes ,

Vois tes compagnes Rouler gaiment en se donnant la main ,

Cohorte blanche ,

Que Tavalanche Rapide entraine au fond de ce ravin.

Et maintenant, amazone hardie, Presse les flancs du Pégase indompté , Qui, comme plus d^un moderne génie.

Descend toujours dès qu'il est remonté !

Avec audace ,

Franchis l'espace ; De ton coursier je suis les pas bruyants;

Et dans l'abîme ,

Couple sublime, Élançons-nous , radieux et chantants !

Puis, nous irons du chalet helvétique Entendre encor l'orchestre campagnard , Où le piston pastoral et rustique Redit les airs du champêtre Musard.

Vite à la danse

Chacun s'élance ; Sur le bitume on se presse , on accourt ;

Yole et frétille

Dans le quadrille , Gai cohbri, qui rayonnes d'amour.

Quel cri perçant domine la tempête?

Ângélina rappelle ses époux ;

Ainsi , le soir, l'amoureuse chouette Dans les forêts réveille les hiboux.

Peuple frivole ,

Le temps s'envole , Chantez, dansez ! . . . Mais que vois-je là-bas?. .

Cette figure ,

Étrange et mûre , Sur ce grand corps qui circule à grands pas?

Parmi les fleurs et les willis vermeilles , Que viens-tu faire ici , sylphe ventru ? Épais frelon, au sein de nos abeilles, Viens-tu chercher le miel qui nous est dû?

Non , c'est Lahire ,

Qui, sans sourire, Promène au loin son regard vigilant;

Sa main sévère,

Et peu légère , De ses massifs extirpe le chiendent!

Pourquoi donner cent bras à Briarée?

Au brave Argus pourquoi donner cent yeux? Avec sa vue et sa poigne sacrée , Lahire eût pu les rjemplacer tous deux.

Mais le bruit cesse ;

Chacun s'empresse De regagner ses pénates lointains;

Puis, dans les rues.

Cent voix émues Vont réveiller tous les échos latins.

De tous côtés, voyez, dans la nuit sombre. S'évanouir l'essaim mélodieux; Puis tout se tait, on n'entend plus dans l'ombre Qu'Angélina poussant son cri d'adieux.

Allez , fringantes

Étudiantes , Allez trouver, étudiants pyeux,

Dans vos chambrettes ,

Sur vos couchettes , Le repos seuls ou le plaisir à deux !

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