LES MOIS
Il faut de la philosophie Pour supporter les coups du sort ; C'en est fait, je me sacrifie, Demain, demain, je serai mort; Ma future est jeune , elle est belle , Et je l'aimerai , je le dois ; Je veux toujours être auprès d'elle....
Mais dans un mois....
On me polit, on me façonne Aux mœurs de mon nouvel emploi , Et des avis que l'on me donne Je me suis fait un code à moi ; Je suis comme l'agpieau sans tache , Je baisse les yeux et la voix ; On m'a fait couper ma moustache....
Mais dans deux mois....
J'aimais à fîimer un cig^are.
J'avais de généreux amis , ^ Et toujours le plaisir avare A nos banquets était promis.
Je ne bois que de Teau roug^ie; Adieu les chansons d'autrefois
Et les bienfaits de la régie
Mais dans trois mois
Femmes jeunes , femmes jolies , Que de regards j'avais pour vous !
Que de désirs , que de folies ! . . .
Passez, passez autour de nous.
Gardez pour un œil moins sévère Vos traits fins et vos frais minois ; J'ai perdu le droit de vous plaire...
Mais dans six mois ! . . .
Ma foi y nargue de la tristesse !
Je veux , tandis que le jour luit , Faire ma seconde jeunesse Et prolonger le temps qui fuit.
A tout soupçon inaccessible , Je serai bon mari , je crois ,
Et père le plus tard possible —
Mais dans neuf mois ! . . .
LA CHALMIëRë.
0 bayadères,
Nymphes' légères , Loin de Paris s'envolent les hivers;
Venez, fringantes
Étudiantes , L'air est limpide et les bosquets sont verts.
Que du printemps les aimables prémices , Du noir Prado fermant les deux battants , Rouvrent vos cœurs aux amoureux caprices y Et la Chaumière à vos pas inconstants.
Dans leur volage
Pèlerinage, Voyez , là-bas , cent couples assortis
Suivre avec grâce
Du mont Parnasse Les frais berceaux et les jardins fleuris.
Voyez bondir chaque fille rieuse , En éteignoir son chapeau se pencher.
Et sa mantille accuser, la flatteuse!
Tous les contours qu'elle devrait cacher.
Mines coquettes ,
Riches toilettes , Venez briller dans le joyeux séjour ;
Heureux délire !
Tout y respire La volupté, la jeunesse et l'amour.
Sous ces bosquets , pavillons tutélaires , Sur ces gazons, ingénieux sofas.
Que de plaisirs , que d'étranges mystères , Que l'on comprend , et que l'on ne dit pas !
Discrets bocages ,
Sous vos ombrages
Cachez toujours ces charmantes erreurs y.
Et ces pensées Jadis tracées Sur les rameaux de vos lilas en fleurs !
Feut-étre un jour, quand nos têtes blanchies Se courberont sur nos corps énervés, Trouverons-nous sur vos tiges grandies Des souvenirs par vous seuls conservés!
Réminiscence
De notre enfance, ijue vous ferez alors battre nos cœurs !
Biens éphémères ,
Fleurs passagères, Nos yeux taris vous donneront des pleurs!
Mais à présent que la force et la vie Dans tous nos sens circulent à grands flots. Enivrons-nous.... Aujourd'hui la folie, Le bruit, le monde! et demain le repos.
O ma déesse
Enchanteresse, Viens , épuisons la coupe du plaisir,
Source idéale ,
Où tout exhale ITn souffle , un chant , un parAim , un désir !
Vois , comme nous , la nature avivée Des bois épais nous offrir le manteau ; Là, rherbe fraîche, en tertre relevée.
Etend au loin son canapé nouveau.
Puis , des montagnes ,
Vois tes compagnes Rouler gaiment en se donnant la main ,
Cohorte blanche ,
Que Tavalanche Rapide entraine au fond de ce ravin.
Et maintenant, amazone hardie, Presse les flancs du Pégase indompté , Qui, comme plus d^un moderne génie.
Descend toujours dès qu'il est remonté !
Avec audace ,
Franchis l'espace ; De ton coursier je suis les pas bruyants;
Et dans l'abîme ,
Couple sublime, Élançons-nous , radieux et chantants !
Puis, nous irons du chalet helvétique Entendre encor l'orchestre campagnard , Où le piston pastoral et rustique Redit les airs du champêtre Musard.
Vite à la danse
Chacun s'élance ; Sur le bitume on se presse , on accourt ;
Yole et frétille
Dans le quadrille , Gai cohbri, qui rayonnes d'amour.
Quel cri perçant domine la tempête?
Ângélina rappelle ses époux ;
Ainsi , le soir, l'amoureuse chouette Dans les forêts réveille les hiboux.
Peuple frivole ,
Le temps s'envole , Chantez, dansez ! . . . Mais que vois-je là-bas?. .
Cette figure ,
Étrange et mûre , Sur ce grand corps qui circule à grands pas?
Parmi les fleurs et les willis vermeilles , Que viens-tu faire ici , sylphe ventru ? Épais frelon, au sein de nos abeilles, Viens-tu chercher le miel qui nous est dû?
Non , c'est Lahire ,
Qui, sans sourire, Promène au loin son regard vigilant;
Sa main sévère,
Et peu légère , De ses massifs extirpe le chiendent!
Pourquoi donner cent bras à Briarée?
Au brave Argus pourquoi donner cent yeux? Avec sa vue et sa poigne sacrée , Lahire eût pu les rjemplacer tous deux.
Mais le bruit cesse ;
Chacun s'empresse De regagner ses pénates lointains;
Puis, dans les rues.
Cent voix émues Vont réveiller tous les échos latins.
De tous côtés, voyez, dans la nuit sombre. S'évanouir l'essaim mélodieux; Puis tout se tait, on n'entend plus dans l'ombre Qu'Angélina poussant son cri d'adieux.
Allez , fringantes
Étudiantes , Allez trouver, étudiants pyeux,
Dans vos chambrettes ,
Sur vos couchettes , Le repos seuls ou le plaisir à deux !