AU COIN DU FEU
Déjà l'hiver rappelle Nos députés errants, Et la troupe nouvelle Des écoliers bruyants , Les beautés voyageuses Et les chastes baigneuses
Au coin du feu ,
Causons un peu.
Causons de toute chose , De nos anciens amis , D'arts, de vers et d» prose, Et de plaisirs permis ; Des beaux jours de la vie , Et de philosophie. . . .
Au coin du feu ,
Causons un peu.
Tenons-nous sur nos gardes :
Pas d'avocats taquins , Pas de femmes bavardes , De vieux républicains !
Braillards de toute sorte ,
Battez-Yous à la porte ! . . .
Au coin du feu , Causons un peu.
Lâchons nos épigrammes , . Sans crier sur les toits ; Des maris et des femmes Causons à demi-voix :
Des absents, des absentes, De nos gloires récentes
Au coin du feu ,
Causons un peu.
Dans son erreur profonde , Si quelque esprit malsain Veut réformer le monde Qui fuit son médecin , Dans son docte système Qu'il s'embrouille lui-même....
Au coin du feu ,
Causons un peu.
Des hommes de génie Qu'on siffle injustement, Soulageons l'agonie Par quelque mot clément; Sans trop de médisance.
De leur impertinence ,
Au coin du feu ,
Causons un peu.
Si cela nous ennuie.
Revenons aux vivants ,
Et causons de la pluie, Des brouillards et des vents ; De l'hiver monotone , Et des feuilles d'automne....
Au coin du feu ,
Causons un peu.
LES POISOMS.
Mon ami , la fièvre vous gagne , Il faut suivre un régime enfin ; Il faut aller à la campagne ; D'abord ne buvez plus de vin.
— Eh quoi ? pas même de Champagne ?. . .
— C'est un poison, entendez-vous?
— Docteur, le poison est si doux !
Évitez les courses , la chasse , Soyez bien vêtu , bien chauffé ; Ayez une vache bien grasse , Et ne prenez plus de café.
— Quoi ! pas même une demi-tasse ?
— C'est un poison , entendez^vous?
— Docteur, le poison est si doux !
Appuyez-vous sur votre canne , Et parfois , si c'est votre goût , Montez à cheval... sur un âne, Mais pas de cigare surtout.
tt6 GUSTAVE NADAUD.
— Quoi ! pas même de la Havane ?
— C'est un poison, entendez- vous ?
— Docteur, le poison est si doux !
Allons , partez , point de tristesse ; Vous en reviendrez... attendez!
Encore une seule promesse :
Évitez de... vous m'entendez?
— Quoi ! pas une seule maîtresse ?
— Je le défends, entendez-vous?
— Docteur, le poison est si doux !