‹ ChansonsChapitre 26 sur 201 · PALINODIE · texte numérisé non relu

PALINODIE

AiB des Reines de MabiUe,

0 filles de Laïs , Que mes chansons jadis Cëlébrèrent gratis , Faut-il chanter votre De profundis?

O Maria, gentille demoiselle, Toi , Mogador, qui nous fis les doux yeux , Toi , Pomaré , que Ton crut immortelle , Et toi , Clara , qu'aimèrent nos aïeux

De MabiUe attristé , Vous avez déserté Le jardin enchanté , Où se cambrait votre immortalité !

Ces frais lilas , et ce sable historique Qui {jarde encor l'empreinte de vos pas , Ces flots de gaz inondant le portique , Tout vous appelle , et vous ne venez pas !

Craignez-vous pour vos traits Les bosquets moins discrets?

Naguère vos attraits Ne craignaient pas d'être vus de trop près.

Auriez-vous donc , loin des rives de France , Sans vos sujets, signant le conjungo, Toutes les quatre accepté l'alliance D'un prince russe, ou d'un roi du Congo?

Sous quels cieux plus galants , Vers quels cœurs plus brûlants , Vos destins turbulents Auraient-ils donc exporté vos talents?...

Ou bien encor, par un retour bizarre Du dieu d'amour, cette fois trop constant , Peupleriez-vous les murs de Saint-Lazare , Ou le harem de quelque vieux sultan ?

Ou bien encor, suivant L'inconstance du vent.

Un caprice fervent Vous a-t-il fait enfermer au couvent?

Mais non , cessez , ma plaintive élégie ;

J'ai retrouvé nos quatre anges perdus,

Tout pleins encor de sève et d'énergie ,

Mais moins légers, moins frais, ou plus dodus.

A cheval, Mogador Étale mieux encor Le splendide trésor De son brocart tissu de pourpre et d'or.

De Maria la moderne demeure Est un landau trainé par deux coursiers ; Chacun sait bien que c'est à <leux francs l'heure; Mais nul ne sait comment ils sont payés.

Vos bijoux , vos bouquets , Vos costumes coquets Se soldent en... caquets; Mais payez-vous ainsi tous vos laquais ?

La Pomaré, votre émule éternelle, Encore ici cherche à vous accrocher.

Pour vous montrer sa jument plus rebelle , Son groom plus mince , et son plus gros cocher.

Son corps enveloppé

Dans le velours drapé ,

Au fond de son coupé ,

Par habitude encor fait canapé.

• Mais il en est une qui m'inquiète :

C'est ma Clara , ma vivace Clara ;

Et je promets la récompense honnête

A qui, tout seul, me la rapportera.

Pomaré, Maria, Mogador et Clara , Croyez-moi , laissez là Chevaux , coupés , laquais , et captera !

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