MES ENFANTS
Voyez-vous le bel avantage D'avoir été jeune à vingt ans !
Les matrones du voisinage Me font honneur de leurs enfants.
Quand j'en aurais fait trois ou quatre, Voilà-t-il pas de quoi me battre?
Mais non , ma foi , Ces enfants ne sont pas de moi.
Hortense, ma première amie, Que j'entrevis à peine un jour, Prétend que sa fille Eugénie Est l'enfant aîné de l'amour.
Pour un baiser sans conséquence Avoir une pareille chance ! . . .
Non , par ma foi , Cet enfant-là n*est pas de moi.
J*ai bien quelque part sur la terre Un filleul qui porte mon nom ; Sa mère , qui fîit ma commère , Prétend qu'il me ressemble.... Non.
Je ne suis pas beau , c*est possible ; Mais le malheureux est horrible.
Non , par ma foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.
En vain vous prétendez, Adèle, Que vous n'aimez pas votre époux :
Cela ne prouve rien, ma belle, Sinon que votre fils est roux , Qu'il a le goût de la chicane, Qu'il est avocat, Dieu le damne!
Non , par ma foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.
Jean , viens ici que je t'embrasse ; Te voilà irais émancipé ; Bon chien , dit-on , chasse de race :
Ton père fut souvent trompé.
Mais par la science tu brilles ,
Et puis tu n'aimes pas les filles
Non , par ma foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.
Le fils de mon propriétaire , ♦
Chose étrange , est un bon vivant ;
Il dépense For de son père, Moitié mang^eant, moitié buvant.
Mais , quand je lui lis notre histoire , Son cœur ne bat pas pour la gloire ! . . .
Non , par ma* foi , Cet enfant-là n'est pas de moi.
Cependant tout le monde assure Que Paul me ressemble : en effet , Il a ma taille , ma tournure ; Moi , je le trouve fort bien fait.
Puis il aime l'indépendance , Le vin, les femmes et la France.
Oui , par n.a foi , Celui-là peut être de moi.