LES GROS MOTS
Contons une histoire badine , Sans reculer devant les mots.
Il est sftr , comme a dit Racine , Que les meilleurs sont les plus gros.
Jeannot , villageois jeune et riche , Rencontra Rose dans un pré , Elle, simple comme une biche.
Lui, comme un vieux chasseur, madré Il lui dit.... Que put -il lui dire?
Ah ! bah ! lâchons le mot pour rire : Il lui dit..., il lui dit... : « Bonjour! »
Ma foi , je le lâche ; Tant pis pour celui qui s'en fâche !
Il lui dit : « Bonjour ! »
Et voilà comme on fait l'amour.
C'est que Rose était une blonde, Mais blonde comme on n'en voit pas :
Grande , avec une taille ronde , Large du haut, mince du bas.
Jeannot, plein d'ardeur et d'audace, Allait, toutes voiles dehors; Mais , avant d'investir la place , Il se rendit maître des forts.
Il lui prit Que put-il lui prendre?
Ah ! bah ! pourquoi vous faire attendre ? Il lui prit..., il lui prit... la main!
Ma foi , je le lâche ; Tant pis pour celui qui s'en fâche !
Il lui prit la main ; Voilà comme on fait du chemin.
Pourtant, je ne saurais vous taire
Que Jeannot tremblait bien un peu ;
Il était comme un volontaire
Qui n'a pas encor vu le feu.
Il restait , la main dans la poche ,
Ne sachant comment se tenir ;
Son cœur battait comme une cloche ;
Mais bref, il fallait en finir.
Il lui dit. . . . Que dit-il encore ?
Ah ! bah ! parlons sans métaphore.
Il lui dit..., il lui dit... : « Adieu! »
Ma foi , je le lâche , Tant pis pour celui qui s'en fàclie !
Il lui dit : « Adieu ! »
Et voilà comme on marche au feu.
Mais voilà bien une autre histoire ;
Le conte ne finit pas là.
Jeannot. .'. . Qui donc aurait pu croire
Qu'il fût capable de cela ?
Il lui fit... (Rose était si sage,
Qu'on n'y voulait ajouter foi).
Il lui fit... (mais tout le village
Peut vous l'affirmer comme moi),
Il lui fit Que put-il lui faire?
Ah ! bah ! ce n'est plus un mystère : Il lui fit..., il lui fit... la cour!
Ma foi , je le lâche ; Tant pis pour celui qui s'en fiiche !
Il lui fit la cour ; Voilà ce que c'est que l'amour.