‹ ChansonsChapitre 62 sur 201 · A L'ASSEMBLÉE NATIONALE · texte numérisé non relu

A L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Je suis moulu, j'ai la tête fêlée; Quel cauchemar ! quel affreux bacchanal ! Mes chers amis , je viens de l'Assemblée ; Nos députés fêtaient le carnaval.

Tous déguises , ventrus ou démocrates , Dissimulaient leurs voix et leurs talents ; A droite étaient des diables écarlates ; Sur la montagne erraient des pierrots blancs.

Et cependant le costume et le masque Allaient si bien à chaque mannequin , Qu'on ne voyait , dans la troupe fantasque , Pas un paillasse et pas un arlequin.

L*archet en main, siégeait sur une table Dupin-Musard , Dupin-Paganini , Dupin poli, Dupin méconnaissable, Dupin ganté, brossé, frisé, verni.

Thicrs en chicard s'élançait à la danse ;

Gargantua sorti de son étui,

Il était grand, grâce à l'impertinence

De son plumet trois fois plus haut que lui.

Un autre avait les traits d'Alcibiade : C'était Grémieux — Près de lui, frais tondu, Oubliant tout , ses mœurs et sa triade , Pierre Leroux sautait comme un pendu.

Dans un fauteuil était un petit père , Maigre et chétif, avec un habit vert; Je reconnus le masque de Voltaire :

Le croirait-on?... C'était Montalembert.

Il s'écriait : « Le pape n'est qu'un homme !... »

Il foudroyait les jésuites surpris :

Et je voyais les citoyens de Rome

Trembler devant le Romain de Paris.

iO.

IVH . GUSTAVE XADACD.

Falioux ci lui , joints par la destinée , Sans être amis , ont le même drapeau ; Ainsi l'on voit, sur une cheminée.

Près de Voltaire un buste de Rousseau.

Tne peau d*ours couvrait deux personnages Qui, tour à tour, servirent les tyrans; Kt les huissiers poursuivaient trois sauvages (Jiii refusaient de toucher vingt-cinq Francs.

Preux défenseur des veuves en soufirance, àSecond ténor, des premiers au besoin , Hiic soupirait une tendre romance, Kt se tenait tranquille dans son coin.

Sur un amas de titres et de chartes , Trônait Barrot, qui prévit Février, J.e prand Barrot, Barrot tireur de cartes, Magnétiseur, somnambule et sorcier.

Il prédisait a monsieur La Palisse Que nous mourrions avant d'être enterrés; A trois maris, qu'ils auraient la jaunisse, A deux banquiers, qu'ils seraient décorés.

L(* gros Thouret paraissait en abeille , Favre en curé , Changarnier en pékin ; Je vis Lagrange en marquis de la veille , Avec Murât en roi du lendemain.

Mole chantait une ronde bachique , Mauguin tonnait contre les avocats; Berryer criait : « Vive la République!... » Greppo parlait, Charras ne parlait pas.

CHANSONS. l'iO

Dieu ! quel gâchis ! quel étrange amalgame ! Comment va-t-on les retrouver demain ?

J'ai vu Nadaud composant un gros drame, J'ai vu Hugo la truelle à la main.

Chacun des deux, par un écTiange honnête. De son confrère avait pris la façon :

L'un bâtissait des murs comme un poète. L'autre faisait des vers comme un maçon.

Pourtant, je vis aussi, je le confesse. Des citoyens plus dignes de ce nom , Loin de la foule , ainsi que la sagesse , Loin des excès, comme on peint la raison.

Ils étaient peu , mais grande est l'espérance

Qui les soutient à travers les partis ;

Je saluai l'avenir de la France ,

Et, tenant bien mes poches, je sortis.

En franchissant cette enceinte sonore, Je vis, flairant la salle des élus, Emile, et ceux qui n'y sont pas encore, Avec Armand , et ceux qui n'y sont plus.

Dansez , sautez : le carnaval commence ; Ouvrez la Chambre et fermez l'Opéra ; Déguisez-vous , députés de la France , Déguisez-vous, et l'on vous aimera.

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