L'INVALIDE
Noble soldat mutilé par la gloire, Dernier débris d'un temple dévasté , Tes ennemis , surpris de leur victoire , Restent tremblants devant ta pauvreté.
Cent coups gagnés sur vingt champs de bataille T'ont fait pourtant un assez beau trésor ; Comme un drapeau criblé par la mitraille , Pauvre invalide , ils te craignent encor !
Ils t'ont connu dans leurs cités parjures , Et chacun d'eux contemple avec efFroi Ce vieil habit, et ces larges blessures Qu'ils t'envoyaient, en fuyant devant toi. Des rois honteux ^t des palais serviles Ton pied vainqueur brisait les trônes d'or.... Un bâton seul soutient tes pas débiles.... Pauvre invalide, ils te craignent encor.
Es-tu de ceux qu'une avalanche immense Sur l'Italie a jetés triomphants?
De l'Allemagne abaissant la distance , As-tu du Nord réveillé les enfants? Es-tu de ceux que virent apparaître, En leurs déserts, l'Oural et le Thabor? Soldat, tu fiis de tous ceux-là peut-être... Pauvre invalide, ils te craignent encor.
Ravis enfin à leur lente agonie ,
Tu soulevais les peuples aux combats ;
Tu leur portais la gloire et le génie , Et tu semais la France sous tes pas.
Partout, alors, de leur sainte cohorte Ton bras guidait le généreux essor ;
Ton bras s'étend. . . mais un boulet Temporte
Pauvre invalide, ils te craignent encor.
L'heure a sonné, sens tressaillir la terre ! La liberté parle à ses nourrissons !
Ton sang , versé sur la rive étrangère , A fécondé d'immortelles moissons.
Entends, entends l'hymne de délivrance : Un nom s'élève en un sublime accord , Un nom sacré : c'est celui de la France ! Pauvre invalide , ils t'appellent encor !