‹ ChansonsChapitre 7 sur 201 · L'INVALIDE · texte numérisé non relu

L'INVALIDE

Noble soldat mutilé par la gloire, Dernier débris d'un temple dévasté , Tes ennemis , surpris de leur victoire , Restent tremblants devant ta pauvreté.

Cent coups gagnés sur vingt champs de bataille T'ont fait pourtant un assez beau trésor ; Comme un drapeau criblé par la mitraille , Pauvre invalide , ils te craignent encor !

Ils t'ont connu dans leurs cités parjures , Et chacun d'eux contemple avec efFroi Ce vieil habit, et ces larges blessures Qu'ils t'envoyaient, en fuyant devant toi. Des rois honteux ^t des palais serviles Ton pied vainqueur brisait les trônes d'or.... Un bâton seul soutient tes pas débiles.... Pauvre invalide, ils te craignent encor.

Es-tu de ceux qu'une avalanche immense Sur l'Italie a jetés triomphants?

De l'Allemagne abaissant la distance , As-tu du Nord réveillé les enfants? Es-tu de ceux que virent apparaître, En leurs déserts, l'Oural et le Thabor? Soldat, tu fiis de tous ceux-là peut-être... Pauvre invalide, ils te craignent encor.

Ravis enfin à leur lente agonie ,

Tu soulevais les peuples aux combats ;

Tu leur portais la gloire et le génie , Et tu semais la France sous tes pas.

Partout, alors, de leur sainte cohorte Ton bras guidait le généreux essor ;

Ton bras s'étend. . . mais un boulet Temporte

Pauvre invalide, ils te craignent encor.

L'heure a sonné, sens tressaillir la terre ! La liberté parle à ses nourrissons !

Ton sang , versé sur la rive étrangère , A fécondé d'immortelles moissons.

Entends, entends l'hymne de délivrance : Un nom s'élève en un sublime accord , Un nom sacré : c'est celui de la France ! Pauvre invalide , ils t'appellent encor !

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