‹ ChansonsChapitre 87 sur 201 · LA PREMIERE MAITRESSE · texte numérisé non relu

LA PREMIERE MAITRESSE

Parfois, durant les sombres jours, Près de la braise paresseuse, Je repasse de mes amours La suite déjà trop nombreuse.

Alors , vers moi je vois venir Les compagnes de mon enfance , Douces comme le souvenir, Et belles comme l'espérance.

Ah ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ;

Jamais on ji'oublira

Sa première maîtresse !

Parmi ces fantômes flottants.

D'abord je te vois apparaître ,

Toi que j'oubliai si longtemps.

Et que seule j'aimai peut-être.

L'âge n'a pas glacé tes sens;

La distance a doublé tes charmes ;

Ma bouche sourit , et je sens

Que mes yeux s'emplissent de larmes,

Ah ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ;

Jamais on n'oublira

Sa première maîtresse !

CHAISSONS. 201

D'autres ont pu de mon amour Avoir la crédule apparence ; Chacune passait à son tour En m'emportant une croyance.

Me trompais-tu?... Je n'en sais rien ; Étais-tu belle?... Je l'ignore; Mais je sais que je t'aimais bien ; Et je ne doutais pas encore.

Ah ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ;

Jamais on n'oublira

Sa première maîtresse.

Pourquoi t'ai-je quittée un jour, Pour quelle maîtresse inconnue....

Sans regret comme sans retour?

Et depuis , qu'es-tu devenue ?

Je n'ai pas même ton portrait Pour me rappeler ta mémoire ; Mon cœur est le livre secret Où je lis encor notre histoire.

Ah ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ;

Jamais on n'oublira

Sa première maîtresse !

Es-tu pauvre ou riche aujourd'hui , Fille de douleur ou de joie?

Si tu n'as pas besoin d'appui , Que jamais je ne te revoie !

Mais , en quelque lieu que tu sois ,

Que Dieu t'épargne la misère — Si tu n'es plus, entends ma voix ; Mon souvenir, c'est ma prière.

Ah ! toujours on s'attendrira Au souvenir de la jeunesse ; Jamais on rï'oublîra Sa première maîtresse !

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