‹ ChansonsChapitre 88 sur 201 · LE VOYAGE AÉRIEN · texte numérisé non relu

LE VOYAGE AÉRIEN

J'ai rompu le dernier lien Qui me rattachait à la terre ; Sur mon navire aérien Je m'élance dans l'atmosphère.

Le tissu flexible et léger, Que gonfle le subtil fluide , Part, sans secousse et sans danger, Au hasard du vent qui le guide.

La terre s'éloigne de moi ; Je glisse dans l'air diaphane ; Je vois l'abîme sans effroi , Et dans l'immensité je plane.

Les champs dorés et les prés verts , Les eaux d'argent, les toits de brique, Forment , avec leurs tons divers , Une éclatante mosaïque.

Sous un brouillard épais et lourd Les villes grisâtres pâlissent ; Leur aspect sombre et leur bruit sourd Dans le néant s'ensevelissent.

O les humaines passions ,

Les espérances mensongères !

O les basses ambitions

Qui grouillent dans ces fourmilières !

Adieu y terre ! j'ai pris mon vol Au delà des zones connues ; Mes pieds ne touchent plus le sol ; Je sonde l'infini des nues !

Voici le zénith étoile ; L'horizon disparait immense ; Il semble que Dieu m'ait parlé , Et que l'éternité commence ! . . .

Mais l'air plus rare a , dans les cieux , Ralenti mon élan rapide ; Le froid me saisit, et mes yeux Se sont couverts d'un voile humide.

Ah ! c'en est fait , l'immensité Ne sied qu'à l'essence divine ; Je sens bien que l'humanité Frémit encore en ma poitrine.

Sur le sol qui soutint mes pas

Est une famille que j'aime ;

Des amis m'attendent là-bas ,

Qui me sont plus chers que moi-même.

Ah ! que le soleil était beau !

Je veux , je veux fouler la terre , La terre qui fiit mon berceau , Et qui couvrira ma poussière !

Terre , terre , je te revois !

Salut, ma maison sédentaire, Gaité des champs , calme des bois !

Salut , mes sœurs , salut , ma mère !

Page 1