‹ Chansons inéditsChapitre 21 sur 61 · PAUVRES ARTISTES · texte numérisé non relu

PAUVRES ARTISTES

C'en est donc fait ! nous retombons

En pleine barbarie ; Etres errants et vagabonds ,

Sans Hen , sans patrie !

Nous allons du joug des Césars Aux mains des communistes.

PauiTes beaux-arts !

Pauvres artistes !

Il était, pour les beaux-esprits,

Un seul pays, la France.

\ous avions la cité, Paris.

Paris ! 0 déchéance !

La parole est toute aux bavards , La plume aux polémistes.

Pauvres beaux-arts!

Pauvres artistes!

Ils ont été soldats aussi,

Ceux qui, vivant à l'ombre,

N'avaient au cœur autre souci Que la forme et le nombre.

CHAXSOXS IXEDITES.

ïls n'ont pas réclamé lenrs paris Dans vos scrutins de listes.

Pauvres beaux-arts !

Pauvres artistes!

Que leur fallait-il? Le rayon.,

La goutte de rosée.

Le ciel n'a plus d'attraction,

La terre est épuisée.

Après la guerre et ses hasards., Les discordes plus tristes.

PaHvres beaux-arts!

Pauvres artistes!

Adieu, palettes et ciseaux,

Vers et notes futiles; Comme les fleurs et les oiseaux,

Vous êtes inutiles.

Sous les buissons, obscurs lézards Dissimulez vos pistes.

Pauvres beaux-arts!

Pauvres artistes!

GISTAVE \ADAUD.

ENTRE LYOX ET COXDRIEU.

Entre Lyon et Contlrieu, J'ai fait un rêve étrange

Qui s'accomplira, plaise à Dieu, Si rien ne le dérange.

Je lis snr un grand écriieau :

« Clos et maison à vendre, n

Point de parc et point de château.

Je n'y saurais prétendre.

La façade s'ouvre an matin Sur la verte campagne ;

On aperçoit dans le lointain Le bien de la montagne.

J'achèterais, argent comptant, La maison et la terre...

Je me trouverais si content D'être propriétaire!

Le capital qu'on y mettrait Devrait nourrir son maître,

CHAXSOXS IXEDITES.

Et rapporter son intérêt...

Davantage peut-être.

J'épouserais quelque Philis Éclose en ces parages,

Des clieveux d'or, un teint de lis.

Un cœur exempt d" orages.

Nous saurions borner notre soin

A ce petit domaine ; Nous verrions de lia;it et de loin

La mascarade humaine.

Nous aurions une basse-cour,

L'agréable et l'utile ; Nous enverrions les œufs du jour

Au marché de la ville.

Chacun de nous tiendrait l'emploi

Que son sexe désigne, En dirigeant , ma femme et moi ,

Le mûrier et la vigne.

Elle nourrirait au grenier Le ver qui fait la soie;

J'entasserais dans mon cellier Le vin qui fait la joie.

Ils ont ici des arguments D'une nouvelle espèce :

GUSTAVE XADAUD

On dit que, plus on a d'enfants, Plus on a de richesse.

Je saurais arrondir ainsi

Ma petite fortune.

Qui sait? je pourrais être aussi

Maire de ma commune !

A ce titre, je régnerais.

Sur tous ces bons apôtres ;

Marié , je m'occuperais A marier les autres.

\'ous aurions notre banc garni Dans le chœur de Saint-Jacques ,

A'ous offririons le pain bénit Le dimanche de Pâques.

Le joli projet que voilà !

Mais une chose y manque :

Je crois que cette chose-là.

C'est le nerf de la banque;

Peut-être aussi la volonté

Et le cœur à l'ouvrage.

Il est trop fard, enfant gâté,

Pour entrer en sevrage.

Adieu projet, bonheur adieu!

Un souffle vous enlève.

Entre Lyon et Condrieu

J ai fait un joli rêve.

CHAXSOIVS IXKDITES.

LES TETES COURONXEES.

Je suis fort en agriculture ,

Comme en musique un chaudronnier.

A deux fêtes de la nature,

Je fus convié l'an dernier.

Nombre de bêtes pavanées

Y tenaient les premiers emplois.

Toutes les têtes couronnées

Ne sont pas des têtes de rois.

Le premier concours , la préface , Fut pour les chevaux et juments.

On a perdu la vieille race Par d'ingénieux croisements.

Quatre primes furent données Aux concurrents... ils étaient trois.

Toutes les têtes couronnées Ne sont pas des têtes de rois.

Par contre, le second comice

Eut ses lutteurs et ses héros :

Quatre béliers, une génisse,

Un veau, deux vaches, trois taureaux.

84 GUSTAVE XADALD.

Dans les cornes enrubannées Brillaient le laurier et la croix.

Toutes les cornes couronnées Xe sont pas des têtes de rois.

Mais c'est dans la race porcine Que je vis les plus beaux sujets.

Nulle forme ne se dessine Dans ces volumineux objets.

Vingt familles capuchonnées Firent valoir les mêmes droits.

Toutes les bures couronnées \'e sont pas des têtes de rois.

Il n'est point de fête agricole Sans le banquet et les discours; Mais, quand l'bomme prend la parole Les animaux braillent toujours.

Les honneurs de ces trois journées Furent pour les pliis fortes voix.

Toutes les bêtes couronnées \"e sont pas des têtes de rois.

CHAXSOXS IXliDITES.

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