PENSEES DE L'ABSENT
Vous demandez si je vous donne
Un souvenir par jour, Vous qui, du printemps à l'automne,
Retardez mon retour?
Oui, mon esprit, durant l'absence,
Suit son cours le plus doux; A qui voulez-vous que je pense ,
Si je ne pense à vous?
Vous allez en juger vous-même,
Et vous direz après Si, bon gré, mal gré, l'on vous aime
De loin comme de près.
Le matin envoie à la plaine
L'air virginal des monts :
C'est la saveur de votre haleine
Qu'aspirent mes poumons.
Tout se réveille et tout m'enchante :
Vous me parlez d'amour.
Le pourprier s'ouvre, l'oiseau chante :
Vous m'avez dit : « Bonjour. »
GUSTAVE KADAL'D
Au hasard je prends ma vole'e,
Et vous suivez mes pas.
Comment dans une verte allée ,
Ne vous verrais-je pas?
Partout s'offre la fleur nouvelle
Ou le fruit parfumé , Il faut bien que je me rappelle
Le jardin tant aime.
Je rencontre un pin d'Italie;
Un chêne m' apparaît :
Comment voulez-vous que j'oubHe
Notre chère forêt?
Dans chaque chose et dans chaque être
Sont des yeux et des voix Qui savent partout me connaître
Et parlent à la fois.
L'insecte, ou la mouche qui vole,
Ou le papillon d'or.
Me conte une aventure folle
Dont je souris encor.
La fraise rappelle vos lèvres ;
Le miel , votre douceur ; La mauve , qui calme les fièvres ,
Votre saine fraîcheur.
Le vent plaintif dit nos alarmes ; L'orage, mes tourments;
CHANSONS INEDITES.
La rosée imite vos larmes; Un écho, mes serments.
Un site me peint votre grâce,
Un lis, votre fierté; Le pauvre , le pauvre qui passe ,
Me dit votre bonté.
Puis, lorsque le soleil se couche.
Ses regards sont vos yeux; Et mes doigts posés sur ma bouch
Vous ont fait mes adieux.
Et, la nuit, des rêves encore M'entretiennent d'espoir.
Je vais vers vous avec l'aurore , Et vous venez le soir.
Ainsi, chaque mois de l'année,
Et chaque jour du mois, A chaque heure de la journée,
Je vous sens et vous vois ; Ainsi ma pensée , à distance ,
Suit son cours le plus doux :
A qui voulez-vous que je pense,
Si je ne pense à vous?
GUSTAVE NADAL'D