LA BALANCE
Un sage avait, dans le silence, Construit un étrange appareil, Un vrai chef-d'œuvre, une balance Précise comme le soleil.
Il se disait : Je veux connaître Ce que je suis, ce que je vaux; Dans ces deux plateaux je vais mettre Là, mes vertus; là, mes défauts.
Il fit les deux parts équitables; Mais quand il voulut soulever Le fléau portant les deux tables, Il n'y put jamais arriver.
Les voisins, les gens de passage, Se donnaient, entre leurs repas, Le plaisir de peser un sage ; L'inventeur seul ne le put pas.
128 GUSTAVE NADALD.
Egal se pose le problème Au lettre comme à l'ignorant :
On ne peut se peser soi-niônic; Pour les antres, c'est différent.
CHA\SONS lA- EDI TE S.
LA PHIXCKSSE JULIE.
La princesse russe Julie,
Plante du Nord, fleur dos frimas,
Fut atteinte d'une folie
Assez commune en ces climats.
Dans ses campagnes de touriste, Toujours courant et voyageant, Elle s'éprit d'un jeune artiste, Célèbre, mais presque indigent.
Elle alla seule et d'elle-même
Le trouver, lui tendit la main
En disant : « .Mon cher, je vous aime;
Voulez-vous m'épouser demain? »
— « Si je veux!... Mais, pardon, jnadame Vous êtes riche, à ce qu'on dit.
Moi, je n'ai rien, i.e monde blâme L'homme que l'amour enrichit.
>' Oh! si j'étais de votre caste ,
Je dirais : Oui, mais je dis : Xon.
130 GUSTAVE XADAUD.
La pauvreté doit être chaste, Je ne ternirai pas mon nom. >?
On dit que la princesse altière S'était enfuie on ne sait où.
Pour léguer sa fortune entière Aux pauvres Français de Moscou.
Un soir, chez l'artiste rebelle, Elle entra comme un revenant.
" Ami, je suis pauvre, dit-elle, Tu peux m' épouser maintenant. »
CHAXSOXS IXEDITES.