ART ET LIBERTE
A Louis Gallait.
tt D'où viens-tu, dis-moi, jeune et paui're artiste, De feutre coiffé , de haillons vêtn , Avec ta viole , avec ton air triste , Dis-moi, d'où viens-tu? »
— « Pauvre, tu l'as dit, sans pain et sans gîle. Je vais au hasard, ainsi qu'un handit.
Le jour naît trop tard, la nuit vient trop vite. Pauvre, tu l'as dit.
1 Riche si tu veux, car j'ai le génie; Un frisson divin court en mes cheveux, Ma tèle à mes doigts dicte l'harmonie.
Riche si tu veux!
» Je n'ai rien voulu des succès du monde , De l'or qui devient un maître absolu.
Perds-toi dans les airs , note vagabonde ! Je n'ai rien voulu.
132 GUSTAVE X'ADAUD.
M Sur les grands chemins , en plciiie nature , La manne du ciel tombe dans mes mains; Il faut que l'oiseau trouve sa pâture Sur les grands chemins.
» Sans rien demander, je charme et console. J'accorde les cœurs que je sais guider. Du premier passant j'accepte lobolc, Sans rien demander.
y, Art et liberté! telle est ma devise. J'ai l'orgueil amer de la pauvreté, Et sur mes écrits il faudra qu'on lise : Art et liberté! »
CllAXSOXS IXKDITES.
COMMK ELLE.
Il me plaît de vous comparer A la beauté surnaturelle ; Laissez-moi donc vous admirer Comme une madone, ou comme Elle.
Quand vous courez dans la forêt, Votre pied semble avoir une aile; Vous touchez le sol à regret, Comme la gazelle, ou comme Elle.
S'il vous arrive de chanter, Au balcon ou sous la tonnelle , On se prend à vous écouter Commue la fauvette, ou comme Elle.
Qnand vous errez parmi les fleurs Qu'entr'ouvre la saison nouvelle.
Vous mêlez le sourire aux pleurs Comme la rosée, on comme Elle.
Mais que vous soyez pour nous tous Rosée ou fauvette, ou gazelle, Vous savez bien qu'Elle, c'est vous, Et je sais bien que vous, c'est Elle.
134 GUSTAVE NADAUD