LA VEILLE DU DEPART
X'ous allons nous quitter, peut-être
Pour ne plus nous revoir.
Je sens se fondre tout mon être , De désespoir.
Quel maître peut ainsi d'un geste
T'arracher de mes bras?
L'exilé, c'est celui qui reste, Et tu t'en vas.
Xous serons aux denx bouts du monde,
Entre nous les déserts , La barrière des monts, et l'onde Des vastes mers.
Une lettre terne et glacée
Sera le seul témoin De notre secrète pensée, De loin en loin.
CHâNSOXS I\' EDITES.
Un portrait, un bout de dentelle
Par tes larnoes froissé, Seront la relique mortelle D'un temps passé.
Est-ce ta pensée ou la nôtre Qui vient à moi s'offrir?
C'est que l'un de nous, avant l'autre, Devra mourir.
Le trépas, dit-on, nous convie
Au même et dernier port; Mais quelle sera notre vie Après la mort?
Notre ciel sera-t-il le même?
Le saurons-nous jamais?
Je sais seulement que je t'aime...
Que je t'aimais.
0 souvenance anéantie!
Avenir plein d'effroi!
Je te voudrais déjà partie...
Pardonne-moi.
Le soldat qui marche au supplice
Abrège ses adieux :
« Au cœur! dit-il; qu'on en finisse!
Et faites feu! n
170 GUSTAVE MADAUD.
Qu'il le souvienne de la veille
D'un départ sans retour.
Que pas un bruit ne me réveille Au dernier jour.
CHANSONS INEDITES.