‹ ChansonsChapitre 100 sur 105 · MON PAUVRE ANTOINE · texte numérisé non relu

MON PAUVRE ANTOINE

Au citoyen J.-B. Périn.

Debout à la pointe du jour, Pendant douze mois de l'année,

Il bûche comme un sourd Pour le pain de sa maisonnée...

Les autres, pendant ce temps-là, Font leur somme à pleine paupière, Et quand ils mettent pied à terre, Le pauvre Antoine est las déjà- Ah ! que t'es couenne, Mon pauvre Antoine !

Il déjeune, en un tour de main, D'un mauvais verre de piquette

Et d'un morceau de pain.

Parfumé d'ail ou de civette...

Les autres, devant un chapon.

Du vieux bordeaux ou du bourgogne.

Qui rougit auprès de leur trogne, Sont attablés jusqu'au menton.

Ah ! qu t'es couenne, Mon pauvre Antoine !

Il habite un mauvais taudis Où sa maisonnée enfouie

Comme un tas de souris Se dispute l'air et la vie.

Les autres ont trent'-six maisons, A trent'-six places différentes, Beaucoup d'air, du soleil, des rentes, Et des fleurs en toutes saisons.

Ah! qu' t'es couenne, Mon pauvre Antoine !

Il se croit fait pour la douleur, Pour le travail, pour la besace.

Las d'être au monde, il meurt.

Et ses enfants prennent sa place...

Les autres meurent gras à lard, Laissant de quoi rouler voiture A leur digne progéniture.

Qui se croit d'une pâte à part.

Ah ! qu' t'es couenne, Mon pauvre Antoine !

Londres, 1874.

Éditeur : M. Basscrcau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

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