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MOIS FRILEUX

A /'ami Barra/.

Digue din don !

On sonne, sonne à tour de bras Toutes les cloches des villages.

Ahl bon sang! que de mariages!

Digue din don 1 Ah! que de messes, que d'antiennes!

Le mois frileux a fait des siennes :

Le bedeau sonne à tour de bras!

Digue din don !

Ah! ah!

Digue din don!

On a fini d'emplir la grange, Les blés nouveaux sont au moulin ; On a fini de la vendange, En futaille on a mis le vin.

Adieu l'ombrage et les cueillettes.

Le gai soleil et le ciel bleu; Les grands garçons et les fillettes Vont se blottir au coin du feu.

Digue clin don!

On sonne, sonne à tour de bras, Toutes les cloches des villages, etc.

Les fleurs sont mortes dans la plaine.

Le curé fait rentrer du bois.

Les moutons ont tapis de laine,

Le berger souffle dans ses doigts,

Ses grands chiens noirs ont fait peaux neuves.

Auront bien froid les pauvres gens.

Auront bien froid toutes les veuves.

Les oiseaux et les mendiants.

Digue din don, On sonne, sonne à tour de bras.

Toutes les cloches des villages, etc.

Les petits gars de nos fermières Ont mis du foin dans leurs sabots.

Là- bas, nos pauvres lavandières Ont de la glace à leurs museaux.

Dans l'àtre, où les sarments pétillent, On entend la bise gémir Et les grillons qui s'égosillent A nous empêcher de dormir.

Digue din don!

On sonne, sonne à tour de bras.

Toutes les cloches des villages, etc.

De paille on tapisse l'étable Pour veiller à côté des bœufs ; Le fermier, parfois charitable, Y laisse entrer un malheureux!

Les poules ne pondent plus guère, Les coqs cessent de surveiller ; Et la fouine, armée en guerre, Monte à l'assaut du poulailler.

Digue din don !

On sonne, sonne à tour de bras Toutes les cloches des villages, etc.

Les gars rougeauds vont à la danse, Couverts d'une peau de mouton ; Les gueux s'en vont, sans espérance, Humant du froid à plein poumon.

A la messe, les demoiselles Vont couvertes d'un bon manteau ; Les pauvrettes restent chez elles, Les doigts gelés sur leur fuseau.

Digue din don!

On sonne, sonne à tour de bras Toutes les cloches des villages, etc.

C'est décembre à la barbe grise Qui nous dit son âge en passant ; De ses poumons nous vient la bise, De ses cheveux le givre blanc :

Passe, vieillard, car sur sa route Si le printemps te rencontrait, Il te rajeunirait sans doute, Mais son soleil t'aveuglerait!

Digue din don!

On sonne, sonne à tour de bras Toutes les cloches des villages.

Ah ! bon sang ! que de mariages !

Digue din don !

Ah! que de messes, que d'antiennes !

Le mois frileux a fait des siennes :

Le bedeau sonne à tour de bras !

Digue din don !

Ah! ah!

Digue din don!

Chelles, 1865.

Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

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