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LES GUEUX

Air : Les Gueux, de Déranger.

Les gueux, les gueux Sont des gens heureux :

Ils s'aiment entre eux,

Vive les gueux.

^■i mon ami Achille Delcoiirt.

Les gueux, les gueux Sont des malheureux :

S'ils s'aimaient entre eux,

Tout irait mieux.

On n'en est plus aux rengaines, Aux refrains de l'ancien temps, Car Je sang bout dans nos veines Et nous sommes mécontents !

Les gueux, les gueux Sont des malheureux :

S'ils s'aimaient entre eux.

Tout irait mieux.

Les gueux sont nombreux en France, Mais ils ne comptent pour rien, Car ils ont maigre pitance Et les autres vivent bien.

Les gueux, les gueux Sont des malheureux :

S'ils s'aimaient entre eux,

Tout irait mieux.

Las d'ensemencer la terre, De fabriquer des outils, Ils récoltent la misère Et de bons coups de fusils.

Les gueux, les gueux Sont des malheureux :

S'ils s'aimaient entre eux.

Tout irait mieux.

Ils fabriquent pour leur maître Des habits et des souliers; Mais ils n'ont rien à se mettre.

Et leurs enfants vont nus pieds.

Les gueux, les gueux Sont des malheureux:

S'ils s'aimaient entre eux,

Tout irait mieux.

Pour tous ces gueux à plat ventre, L'amour même est hors saison, Car lorsque la misère entre, L'amour quitte la maison.

Les gueux, les gueux Sont des malheureux :

S'ils s'aimaient entre eux,

Tout irait mieux.

On leur prône la patrie, La gloire et la charité, Pour qu'ils supportent la vie, Le jeune et la pauvreté.

Les gueux, les gueux Sont des malheureux :

S'ils s'aimaient entre eux.

Tout irait mieux.

Pour bien finir leur carrière, Lorsqu'ils sont vieux et fourbus.

Il leur reste la rivière Ou la corde des pendus.

Les gueux, les gueux Sont des malheureux :

S'ils s'aimaient entre eux,

Tout irait mieux.

Mais un beau jour la famine Les chassera de leurs trous Pour danser la capucine Et faire comme les loups!

Les gueux, les gueux, Sont des malheureux :

S'ils s'aimaient entre eux,

Tout irait mieux.

Paris-Montmartre, 1884.

Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

Je rappellerai ici ce que je dis dans ma préface à propos de deux chansons de Béranger, qui eurent un immense succès : Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans et les Gueux.

Je soutiens que c'est faire de l'esprit aux dépens des souffrances du peuple que de lui dorer ainsi les misères qu'il endure.

Non, l'amour et la gaieté ne sont pas, comme il le dit, les hôtes habituels des mansardes et des greniers ; et, s'il est vrai qu'on peut bien manger sans nappe et que sur la paille on peut dormir, je crois qu'on ne mange pas plus mal sur une nappe et qu'on n'en dort pas moins bien dans un bon lit.

Et, si les gueux s'aimaient, comme l'a prétendu Béranger, ou comprenaient, ce qui vaudrait mieux, il est bien certain que tout irait mieux pour eux.

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