‹ ChansonsChapitre 103 sur 105 · CHANSON D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANSON D'AMOUR

A madame Macé-Montrotigc

Dans le courant de l'autre année J'avais de la joie à plein cœur, Je chantais toute la journée, Ma vie était comme une fleur.

J'allais au vent comme à la pluie.

Je riais, je me portais bien.

Au jour d'aujourd'hui je m'ennuie.

Je n'ai plus de courage à rien.

Jamais je ne faisais la moue, Au petit jour j'étais debout; J'avais la santé sur la joue Et j'étais forte comme tout.

Je vous portais comme une plume Une hottée, un sac de grain; Mais maintenant je me consume :

C'est trop lourd, un cœur en chagrin !

Comme on a des peines sur terre !

Avant j'étais bien n'importe où.

Avec du pain et de l'eau claire, J'aurais bien vécu dans un trou.

Que je voudrais être hirondelle Pour me cacher dans quelque coin...

Mais si j'emportais sous mon aile Mon cœur, je n'irais pas bien loin...

L'angélus sonne trop bonne heure...

Le travail, c'est bien ennuyeux...

Les nuits sont longues quand l'on pleure Et le grand jour fait mal aux yeux...

Ah! j'ai trop mal, qu'on m'en délivre; Vivre ainsi, c'est des jours perdus.

A quoi ça me sert-il de vivre, A quoi, puisqu'il ne m'aime plus!

Avant j'avais dans la poitrine

Des frissons doux comme un velours...

Maintenant, j'ai mauvaise mine

Et je dépéris tous les jours.

A bout de peine et de souffrance.

Meurt-on d'amour quand on est las?...

Je vis avec cette espérance :

Quel malheur si l'on n'en meurt pas !

Londres, 1874.

Éditeur : M. Bassereau, 2i0, rue Saint-Martin, Paris.

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