LA VIEILLE A LA MARMOTTE
Au citoyen E. Vaughan.
Elevée au faubourg, Elle est peuple comme la rue ; Et quoiqu'elle fut très courue, Elle n'eut qu'un amour.
Moins on est riche.
Moins on est chiche :
Aussi, de vingt à quarante ans.
Elle eut sa douzaine d'enfants, La vieille à la marmotte Qui trotte Avec sa hotte.
Son vieux est au dépôt Dans un des trous de Montparnasse.
Le pauvre homme était moins tenace.
Il est parti plus tôt. Et, de sa graine, Sur la douzaine, Comme on avait eu faim chez eux, Elle en a sept avec son vieux, La vieille à la marmotte Qui trotte Avec sa hotte.
— 3oO — Les plus durs à mourir, Qu'elle a sauvés de la famine, Ont un grand trou dans la poitrine Et du monde à nourrir.
On ne peut guère Aider la mère, Mais pourtant on fait ce qu'on peut !
Et puis, elle mange si peu, La vieille à la marmotte Qui trotte Avec sa hotte.
Les membres rabougris, Le teint jaune, la peau ridée.
Le dos courbé sous sa bottée, Elle arpente Paris, Criant à peine :
Cresson dïonlaine !...
Car, le cœur plein de tous ses morts.
Elle vend la santé du corps, La vieille à la marmotte Qui trotte Avec sa hotte.
Londi-es, 1874.
Musique de Marcel Legay. — Éditeur: Société Anonyme, 7, rue d'Engbicn, Paris.