SOUVENANCE
A mademoiselle Marthe.
...J'ai, le mois dernier, cherchant le riiystère, Passé près de vous des jours bien heureux; Rêvant d'un moulin et d'une chaumière.
J'avais fui Paris sans être amoureux.
Ah ! je voulais voir si j'étais poète, En courant les bois aux chants du matin; Mais je n'ai rien fait, car ma pauvre tête Me faisait tic tac comme le moulin.
Je souffre aujourd'hui d'un mal que j'ignore, J'ai devant les yeux vos saules pleureurs ; Je crois vous entendre aussitôt l'aurore, Je vais dans les joncs vous couper des fleurs. Je me vois rêveur, tremblant et timide. N'osant rien vous dire et pensant beaucoup; Je vois vos yeux bleus, votre lèvre humide, J'entends votre voix qui me suit partout.
... Pourtant, sans rien dire, ô chaste meunière! Nous sommes tous deux venus bien souvent Regarder le soir couler la rivière.
Assis sous un saule où pleurait le vent;
Et si, quand la nuit devenant plus sombre, J'osais, en partant, vous donner la main : Le mécliant hasard, profitant de l'ombre, Nous faisait toujours tromper de chemin.
...Ah ! ces jours heureux qui font ma souffrance Me donnent la nuit des rêves bien doux ; Mais, peut-être seul j'en ai souvenance, Ou bien, comme moi, vous souvenez-vous?... ...Je connais ce mal qui me désespère.
Je sais bien pourquoi je suis si rêveur : C'est qu'en vous quittant, ô chaste meunière ! Par votre moulin j'ai laissé mon cœur.
Ville neuve-Saint-Georges, 1865.
Musique do Marcel Legay. — Éditeur : M. Bassoreau, 240, rue Saint-Martin, Paris.