‹ ChansonsChapitre 29 sur 105 · LES SOURIS · texte numérisé non relu

LES SOURIS

W« citoyen Grisel.

Les souris Ne sont pas b6gueules.

Aux souris, Gens de Paris, Laisserez-vous manger les meules...

Les meules, Aux riclies épis.

Dur est le temps, cher est le pain, Les enfants gémissent la faim, L'homme travaille comme un nègre Et s'abreuve avec du vin aigre.

Cependant j'ai vu, mes enfants.

Bien des tonneaux pour les vendanges, Beaucoup de gerbes dans les granges, De grandes meules dans les champs.

Les souris Ne sont pas bégueules, etc..

Puisque le pain passe vingt sous, Que nous avons des faims de loups, Aux gros fermiers allons apprendre Que nous ne voulons plus attendre.

Ho I faites battre votre grain :

Quand tiraillé dans la poitrine, Le peuple crie à la famine, Il faut répondre par du pain !...

Les souris Ne sont pas bégueules, etc...

Les souris font joyeux repas Et c'est nous qui ne mangeons pas...

Qui dit peuple, dit bonne bête!

Oui, mais parfois il a sa tête ; Holà! des blés ! ou, gros fermier, Crains que la faim, donnant les fièvres, Nous allions tous la mort aux lèvres, Te l'arracher sans le payer!...

Les souris Ne sont pas bégueules, etc..

Souvenez-vous, accapareurs, Que la famine a ses horreurs ; Au peuple pris par les entrailles Il faut de grandes funérailles!

Quand à sa faim on ne répond Que par le glaive et l'insolence, Plein d'une farouche éloquence, Le peuple parle avec du plomb !...

Les souris Ne sont pas bégueules, etc..

Et le plomb ça rend bien méchant,

Le plomb ça fait couler du sang-,

Ça met la furie à la bouche,

Ça détruit tout ce que ça touche!

C'est au plomb, formidable voix,

Qu'il faut qu'on cède ou qu'on réponde,

Et que les maîtres de ce monde

Se brûleront toujours les doigts !

Les souris Ne sont pas bég^ueules, etc..

Ho ! plus de meules dans les champs Qui pourrissent au mauvais temps.

De greniers pleins jusqu'aux fenêtres.

Le blé n'a que la faim pour maîtres!

Allons, gens de mauvaise foi, Faites que le pain diminue Ou nous descendons dans la rue, Dans la rue où le peuple est roi !..

Les souris Ne sont pas bégueules.

Aux souris, Gens de Paris, Laisserez-vous manger les meules...

, Les meules.

Aux riches épis.

Paris-Montmartre, 1867.

Editeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

En 1867, le pain fut cher à Paris. Les mères de famille doivent s'en souvenir. Il y eut même à ce sujet quelques rassemblements dans le faubourg Antoine. Le bruit courut qu'un bataillon de ligne en garnison à Yincennes avait reçu des cartouches et devait descendre sur le faubourg. C'est toujours ainsi qu'on apaisera la faim du peuple, jusqu'au jour où il se fâchera tout rouge.

Rien cependant n'avait motivé cette hausse subite ; la récolte avait été bonne en 1866 et meilleure encore en 1867. et Ion savait que les greniers étaient remplis de blé. Il était évident qu'on spéculait, comme on le fait encore aujourd'hui, sur la misère du peuple. C'est alors que cette chanson fut faite et, comme on le pense bien, la censure en refusa le visa et je fus un instant inquiété.

Bien que datant de quelques années, les chansons du genre de celle-ci sont encore d'à-propos. Les travailleurs qui savent combien le pain est toujours cher pour eux et combien, surtout, il est dur à gagner, seront de mon avis.

PIMPERLINE ET PIMPERLIN

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