‹ ChansonsChapitre 32 sur 105 · L'EMPEREUR SE DÉGOMME · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR SE DÉGOMME

Au citoyen Gaisnê.

L'empereur se dégomme, Les Français vont à Rome.

Ce joyeux citoyen Après tout se rit bien Que le peuple s'en plaigne ; Heureux de son passé, Il veut finir son règne Gomme il l'a commencé.

L'empereur se dégomme, Les Français vont à Rome.

Cet homme marié, Pour sa chaste moitié Et l'amour de la Vierge, Veut avec nos écus Faire brûler un cierge Par le roi des Jésus.

L'empereur se dégomme, Les Français vont à Rome.

Ayant fait, ici-bas, Quantité de faux pas, Faut bien qu'il se rattrape Or, il croit, mes amis, En assistant le Pape, Gaener le Paradis.

L'empereur se dégomme, Les P'rançais vont à Rome.

Qu'un ministre flatteur, Hypocrite et menteur.

L'encourage et le prône :

Gare qu'il gagne aussi Une chute de trône Avant un an d'ici 1

L'empereur se dégomme, Les Français vont à Rome.

Toujours prêts aux combats.

Nos valeureux soldats, Après cette campagne, S'en reviendront chez eux Couverts de croix d'Espagne Et de petits bons dieux.

L'empereur se dégomme, Les Français vont à Rome.

Il faut un homme noir, Un soldat d'encensoir,

De rabat et de chape, Pour oser, en païen, Faire un soldat du Pape Du zouzou voltairien !

L'empereur se dégomme, Les Français vont à Rome .

Laissez faire le temps, La rage, mes enfants. Vous monte un peu trop vite Il va, des goupillons, Pleuvoir de l'eau bénite Sur tous les bataillons.

L'empereur se dégomme.

Les Français vont à Rome.

Aussi, pour le grand jour, Nous prouvant son amour Et sa reconnaissance, Sa bonne Sainteté Pourra venir en France Bénir la liberté !

L'empereur se dégomme.

Les Français vont à Rome.

Paris-Montmartre, 1867.

Fidèle à sa tradition, la papauté, à cette époque, mettait tout en çBUvre pour agiter l'Europe et renouveler les guerres do religion.

Les hommes qui sont aujourd'hui à la tête de la République, et l'avocat Ferrj' en particulier, saisirent cette occasion pour faire une opposition des plus vives au gouvernement impérial.

Ces obstructionnistes d'alors mangeaient tous les jours dn prêtre et du Pape à la tribune et dans leurs journaux.

Comme toujours, le peuple se laissait prendre à ces fourberies d'avocats.

A cette époque, il ne faisait même pas bon d'oser mettre en doute leur bonne foi. Les citoyens courageux et clairvoyants qui le tentèrent furent, on s'en souvient, assez maltraités.

Aujourd'hui, le but que poursuivaient ces hommes n'est plus un mj^stère pour personne : Ils voulaient capter la confiance du peuple, s'emparer du pouvoir pour en user et en abuser.

La farce est jouée ! Farce sinistre avec toutes les abominations de l'empire : Misères et grèves réprimées par le sabre ; républicains poursuivis et emprisonnés; expéditions lointaines pom* donner satisfaction aux appétits des amis et des parents des hommes au pouvoir.

Et, bien que les Ferry et consorts aient demandé, sous l'empire, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, etc., ils n'en ont pas moins déclaré en pleine tribune qu'il fallait que la République française eût son ambassadeur à la cour de Rome,

En somme, les coupables ne sont pas ceux qu'on pense.

Le seul : C'est le peuple !

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