BONJOUR, PRINTEMPS
A M. Théodore de Banville.
Bonjour, printemps!
Souffrez que je vous félicite.
Je veux répondre en vers galants A votre carte de visite.
Ce matin avec le soleil, Les fleurs et les chants qu'il fait naître, Elle est entrée à mon réveil, Par la porte et par la fenêtre.
Bonjour, printemps!
Enfant gâté de la jeunesse, Vous avez chassé les autans Et fait sourire ma maîtresse.
Ah ! si j'étais jaloux de vous.
Je chasserais mon amoureuse.
Mais non, je ne suis point jaloux; L'hiver l'attriste, elle est frileuse.
Bonjour, printemps !
Vous embaumez la violette.
Le muguet et les lilas blancs, Le sainfoin et la pâquerette ;
Vous faites naître dans les cœurs Cet amour qui donne la fièvre; Vous paraissez semer des fleurs Et des baisers sur chaque lèvre.
Bonjour, printemps !
Vous revenez à tire-d'ailes Donner des lits d'herbe aux enfants, Des papillons aux demoiselles.
On parle déjà de Meudon, De rubans et de robes blanches, Et votre effronté Gupidon Met des nids sur toutes les branches.
Bonjour, printemps !
Répondrez-vous de nos folies Quand nous traduirons dans les champs Le secret de vos harmonies?...
Pourquoi la branche a des bourgeons...
Pourquoi la mousse est veloutée...
Pourquoi le cœur a des frissons...
Pourquoi la lèvre est agitée?...
Bonjour, printemps !
Quand donc comme des aubépines Ferez-vous pousser des rubans, De la guipure et des bottines?
Au lieu d'attendre sous les toits Notre marchande à la toilette, Nous serions déjà dans les bois A cueillir de la violette.
Bonjour, printemps !
Pour fêter votre anniversaire, Pour conjurer les froids autans Et mettre enfin l'hiver en terre, Si le hasard m'aide en chemin, Nous irons vous fêter dimanche J'aurai mon pantalon nankin Et ma mie une robe blanche.
Meudon, 1864.
Musique de Paul Henrion. — Editeur : M. Lebailly, 2, rue Cardinale, Paris.