JAVOTTE
Au citoyen Ruff.
Comme un cri d'agneau La musette est douce, Souple est le roseau, Fleurie est la mousse ; Dans les grands lilas Chante bien la brise.
Mais, quoi qu'on en dise, Tout ça ne vaut pas La pauvre Javotte Si gentille en cotte.
Si leste en sabiots ; La pauvre Javotte Qui s'en revenait devant ses bestiaux, Portant dans sa hotte Tous ses afîutiaux.
J'aime bien ma sœur Comme on aime un frère, J'aime de grand cœur Mon père et ma mère ; Qui tuerait mon chien Le paierait sur l'heure ;
Il faut que j'en meure, Car je n'aime rien Comme la Javotte, Si gentille en cotte, Si leste en sabiots; La pauvre Javotte Qui s'en revenait devant ses bestiaux.
Portant dans sa hotte Tous ses afîutiaux.
De beaux troubadours S'en allant en guerre.
Au bruit des tambours Longeaient la rivière.
Au bord du grand pré De la mère Annette, Revenant seulette.
Ils ont rencontré La pauvre Javotte, Si gentille en cotte.
Si leste en sabiots; La pauvre Javotte Qui s'en revenait devant ses bestiaux, Portant dans sa hotte Tous ses afîutiaux.
Sans voir les soldats A longues moustaches, Portant sur leurs bras Leurs méchantes haches,
Laissant son troupeau Bien en train de paître, Elle aura peut-être Suivi le drapeau, La belle Javotte, Si gentille en cotte.
Si leste en sabiots ; La pauvre Javotte Qui s'en revenait devant ses bestiaux, Portant dans sa hotte Tous ses afîutiaux.
Adieu mon pays, Mes bois et mes plaines.
Adieu mes amis, Rochers et fontaines.
Berceau de mes jours.
Adieu mon village.
Demain je m'engage Dans les troubadours, Pour voir la Javotte, Si gentille en cotte, Si leste en sabiots ; La pauvre Javotte Qui s'en revenait devant ses bestiaux.
Portant dans sa hotte Tous ses afîutiaux.
Chailly, i866.
Musique de Darder. — Editeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant, Paris.