‹ ChansonsChapitre 42 sur 105 · AIMEZ-VOUS · texte numérisé non relu

AIMEZ-VOUS

A madame Caille.

Aimez-vous !

Cachés dans vos alcôves roses Et dites-vous de belles choses, La poésie est née un jour De l'éloquence et de l'amour.

Aimez-vous !

Si dans votre amoureuse fièvre, Les mots meurent sur votre lèvre, Redoublez vos embrassements :

Les baisers en amour sont toujours éloquents!

Aimez-vous !

Aimez-vous !

Dans les sillons et dans les herbes, En portant les foins et les gerbes.

Dans la grange où l'on bat le grain, Dans la cave où chante le vin.

Aimez-vous !

Et laissez rire les mignonnes Des gros baisers de vos luronnes

Et de leur taille sans atour : Qu'on soit pâle ou joufflu, c'est toujours de l'amour! Aimez-vous !

Aimez-vous, Et sans courtiser la fortune Ne lui gardez pas trop rancune, Puisqu'elle fait des envieux Et que l'amour fait des heureux...

Aimez-vous!

Nos pères ont aimé nos mères, Par l'amour les hommes sont frères, Et puisqu'ils ont fait comme nous, Le cœur des vétérans n'en sera pas jaloux!

Aimez-vous!

Aimez-vous !

Mais trouvez d'ardentes caresses A faire crier vos maîtresses, Et que l'amour, comme aux peureux, Vous fasse dresser les cheveux...

Aimez-vous !

Ne perdez pas en rêverie Le temps fugitif où la vie Est un vaste pavillon bleu :

C'est si beau la jeunesse et ça dure si peu !

Aimez-vous !

Aimez-vous !

Pour inspirer les grands artistes, Pour consoler ceux qui sont tristes.

Pour conserver un souvenir, Pour savoir vivre et bien mourir...

Aimez -vous!

Et que l'amour dans la nature Répande un éternel murmure, Que le monde en soit enflammé Et qu'il endiablé ceux qui n'ont jamais aimé !

Aimez-vous !

Paris, 1868.

Musique de Darcier. — Editeur: M. Michaëlis, 45, rue deMaubeuge, Paris .

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