AIMEZ-VOUS
A madame Caille.
Aimez-vous !
Cachés dans vos alcôves roses Et dites-vous de belles choses, La poésie est née un jour De l'éloquence et de l'amour.
Aimez-vous !
Si dans votre amoureuse fièvre, Les mots meurent sur votre lèvre, Redoublez vos embrassements :
Les baisers en amour sont toujours éloquents!
Aimez-vous !
Aimez-vous !
Dans les sillons et dans les herbes, En portant les foins et les gerbes.
Dans la grange où l'on bat le grain, Dans la cave où chante le vin.
Aimez-vous !
Et laissez rire les mignonnes Des gros baisers de vos luronnes
Et de leur taille sans atour : Qu'on soit pâle ou joufflu, c'est toujours de l'amour! Aimez-vous !
Aimez-vous, Et sans courtiser la fortune Ne lui gardez pas trop rancune, Puisqu'elle fait des envieux Et que l'amour fait des heureux...
Aimez-vous!
Nos pères ont aimé nos mères, Par l'amour les hommes sont frères, Et puisqu'ils ont fait comme nous, Le cœur des vétérans n'en sera pas jaloux!
Aimez-vous!
Aimez-vous !
Mais trouvez d'ardentes caresses A faire crier vos maîtresses, Et que l'amour, comme aux peureux, Vous fasse dresser les cheveux...
Aimez-vous !
Ne perdez pas en rêverie Le temps fugitif où la vie Est un vaste pavillon bleu :
C'est si beau la jeunesse et ça dure si peu !
Aimez-vous !
Aimez-vous !
Pour inspirer les grands artistes, Pour consoler ceux qui sont tristes.
Pour conserver un souvenir, Pour savoir vivre et bien mourir...
Aimez -vous!
Et que l'amour dans la nature Répande un éternel murmure, Que le monde en soit enflammé Et qu'il endiablé ceux qui n'ont jamais aimé !
Aimez-vous !
Paris, 1868.
Musique de Darcier. — Editeur: M. Michaëlis, 45, rue deMaubeuge, Paris .