VIVE L'EMPEREUR
Air : La bonne Aventure
Au citoyen Petite.
Bonjour au grand empereur Qui gouverne en France,
Élu par la voix du cœur Ou par manigance.
Mais n'importe, il régnera
Plus longtemps qu'on ne voudra.
Vive l'empereur,
O gué!
Vive rempereu...eu...re !
A la gloire de son nom
Et de tout le monde, Inventons une chanson
Qu'on chante à la ronde.
Si nos vers sont bien carrés Nous serons tous décorés.
0 gué!
Vive rempereu...eu...re!
On dit que sa majesté
Et toute sa clique Ont juré fidélité
A la République.
Mais puisqu'ils sont parvenus, Pourquoi seraient-ils pendus?
Vive l'empereur, 0 gué!
Vive rempereu...eu...re!
Prévoyant les accidents
Au temps où nous sommes, On muselle en même temps
Les chiens et les hommes.
Moins de rage et plus d'impôts, Et César dort en repos.
Vive l'empereur, Ogué!
Vive rempereu...eu...re!
De vaincre par-ci par-là.
Il ne fut pas chiche,
Et la France malgré ça N'en est pas plus riche.
Mais l'on saura désormais
Ce que valent les Français.
Vive rempereu...eu...re!
Il fait des quartiers nouveaux»
Droits comme des flèches,
Et le jour où ses bourreaux Seront à leurs mèches,
Vous verrez qu'au bon endroit
Les boulets iront tout droit. ^
Vive l'empereur, 0 gué !
Vive rempereu,..eu...re!
Pour montrer au genre humain Gomment l'on gouverne,
Il n'ouvre pas un chemin Sans une caserne.
La moisson manque de bras,
Mais Paris a des soldats.
Vive l'empereur, 0 gué !
Vive rempereu...eu...re!
Ça n'est pas, à mon avis,
Bonne renommée.
Que de gouverner Paris
La mèche allumée, Et le dernier sacripant En saurait bien faire autant !
Vive rempereu...eu...re!
Aussi le voit-on chez nous
Suivi par derrière D'un vilain troupeau de loups
Armés comme en guerre :
Ce coureur de lupanards A la bosse des mouchards!
Vive l'empereur, 0 gué !
Vive rempereu...eu...re!
Cependant, tas de coquins, Si j'en crois l'histoire,
Sans nos vieux républicains, Il serait sans gloire,
Puisque c'est quatre-vingt-neuf
Qui l'a fait sortir de l'œuf.
Vive l'empereur, Ogué!
Vive rempereu...eu...re!
C'est encor bien plus affreux De la part d'un homme.
De traiter des malheureux En bêtes de somme,
Quand c'est au prix de leur peau
Qu'on s'est fait un beau manteau.
Vive rempereu...eu...re!
Mais bah ! les iniquités
Et les téméraires, Les voleurs de libertés
Et les muselières, Lasseront les bons enfants, Et tout ça n'aura qu'un temps !
Vive l'empereur, 0 gué!
Vive rempereu...eu...re!
Paris, 1867.
Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.