LA RONDE DU PRINTEMPS
A madame Camille Vesan.
En avant deux,
Les amoureux, Allez cueillir la violette Et profitez de vos vingt ans.
La nature est en fête.
C'est le printemps!
Le voilà tout frais de soleil,
De lilas et de feuilles vertes,
Sonnant la cloche du réveil
Sur toutes les routes désertes.
Le voilà couronné de fleurs
Comme une jeune fiancée ;
Il fait sauver l'hiver en pleurs
Et tomber la fraîche rosée.
Il met l'amour dans les buissons.
Sur les branches et dans la mousse ;
Il fredonne avec les pinsons.
Il chante avec la fleur qui pousse !
Il habille en blanc les pommiers, Il met des nids dans les charmilles, Il fait roucouler les ramiers Et soupirer les jeunes filles.
En avant deux,
Les amoureux.
Allez cueillir la violette Et profitez de vos vingt ans. La nature est en fête.
C'est le printemps 1 .
Il met des étoiles aux cieux, Il peint en bleu tous les nuages ; Il endiablé les amoureux, Il chiffonne tous les corsages!
Le monstre ne peut faire un pas Sans semer une villanelle, Une chanson dans les lilas Et des rondeaux sous la tonnelle.
Le monstre ne peut soupirer Sans faire éclore une pensée, Ou bien, s'il se met à pleurer.
Il fait pleuvoir de la rosée.
Et comme on aime nuit et jour.
On n'entend plus que le murmure D'un immense baiser d'amour Qui fait frissonner la nature !
En avant deux, Les amoureux,
Allez cueillir la violette, Et profitez de vos vingt ans.
La nature est en fête.
C'est le printemps !
Alors les oiseaux amoureux
Se font de l'oeil entre deux branches.
Les grillons s'en vont deux par deux
Faire leur nid sous les pervenches.
Les fleurettes poussent en chœur
Et soupirent des élégies,
La terre ouvre son vaste cœur
Et fait jaillir ses mélodies.
Alors les vieillards rajeunis
De secouer leur barbe grise.
Et d'aller prendre aux bois fleuris
Une bonne goutte de brise.
Mais pour les filles et les gars.
Les bois fleuris, c'est autre chose :
Ils y feront bien des faux pas
Et le printemps en sera cause !...
En avant deux,
Les amoureux, Allez cueillir la violette, Et profitez de vos vingt ans.
La nature est en fête.
C'est le printemps?
Chailly, 1866.
Musique de M. Emile Bouillon. — Éditeur : Société anonyme 7, rue d'Engliien, Paris.