FRANÇAIS, RÉVEILLEZ-VOUS DONC
Au citoyen J.-B. Dumay.
Digue din don ! din don ! din don !
Français, eh! réveillez-vous donc!. .
France, deviendrais-tu cagote Que tu dors comme une marmotte Quand on outrage ton honneur ?
Car à tous autant que nous sommes On peut crier la rage au cœur :
Français, vous n'êtes plus des hommes !
Digue din don ! din don ! din don!
Français, eh ! réveillez-vous donc !...
Faut-il pour que vous soyez braves
Que le clairon de vos zouaves
Vous entraîne comme un drapeau?
Quoi ! tes enfants, France guerrière,
Vont se faire trouer la peau
Pour les beaux yeux du vieux Saint-Père
Digue din don! din don! din don !
Français, eh! réveillez-vous donc!...
Êtes-vous des polichinelles Qu'on fait marcher par des ficelles, Soldats du Rhin et d'Austerlitz?
Et toi, vainqueur de la Bastille, As-tu dans le sang- de tes fils Mêlé du sang de pacotille ?...
Digue din don ! din don ! din don !
Français, eh! réveillez-vous donc!...
Peuple, tu n'as plus qu'à te pendre Si tu ne sais pas te défendre Quand les esprits sont soulevés.
Si ta voix est insuffisante, Va-t-en derrière les pavés Où ta colère est éloquente !
Digue din don ! din don ! din don !
Français, eh! réveillez-vous donc !...
France, que doit dire l'Europe De te voir tomber en syncope Sous l'éperon de tes tyrans ?
Veux-tu, qu'échappés de leur antre, Les Prussiens te saignent aux flancs Et qu'ils te passent sur le ventre ?...
Digue din don ! din don ! din don !
Français, eh! réveillez-vous donc!...
Ce que tu dois porter au monde C'est le progrès, source féconde,
Et le chant des républicains.
Mais, fils d'une même patrie, N'allons pas comme des Vulcains Forger des fers à lltalie.
Digue din don ! din don ! din don !
Français, eh ! réveillez-vous donc !...
Pourquoi franchissant tant d'abîmes, Dans le sang de tant de victimes, Avez-vous fait quatre-vingt-neuf, Si vous allez tous, d'un pas ferme, Couver à Rome un mauvais œuf Dont il faut étouffer le germe!...
Digue din don ! din don ! din don !
Français, eh ! réveillez-vous donc!...
Assez de papes et de corses !
Protestons de toutes nos forces Avant qu'on ait ouvert le feu.
Si l'on veut nous mener à Rome Sauver le mangeur de bon dieu, Levons-nous tous comme un seul homme.
Digue din don ! din don ! din don !
Français, eh! réveillez-vous donc!
Paris-Montmartre, 1867.
Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.
MON PÂUVR' PETIOT
A madame Louise Paulin.
Etait-ce possibl' qu'on s'imagine Qu'il était v'nu pour si peu d' temps A voir ses p'tits yeux si vivants.
Son doux sourire et sa bell' mine ?... Après r travail Jean n' flânait pas, Il était si content d'êtr' père, Qu'y s'en r'venait bercer 1' tit gars Qu'était l'espoir de notr' chaumière !
Ah! petiot!
Petiot !
Mon pauvr' petiot !
Quand y f'sait soleil dans la plaine.
Mon Jean l'emportait sur son dos; J'y f sions un lit sous les rameaux Tout doucett'ment env'loppé d'iaine.
Si Jean l'entendait soupirer, Un coup d' couteau n'était pas pire !
L' bonheur aussi ça fait pleurer.
Car nous pleurions en 1' voyant rire ! Ah ! petiot !
Petiot !
Mon pauvr' petiot !
On a beau s' dir' faut du courage !
Mais c'est si triste à la maison, Que c'est plus fort que la raison. On n'a plus grand cœur à l'ouvrage.
Dam ! il paraît qu' les pauvres gens N'ont rien à eux que leur misère.
On leur prend jusqu'à leurs enfants.
C'est à n' plus croire à rien sur terre !... Ah ! petiot !
Petiot !
Mon pauvr' petiot !
Maint'nant y r'pose auprès d' cett' pierre, Là, sous l'herbe où qu'y pousse un' fleur. C'est p't-êtr' seul'ment son pauvr' titcœur Quel' soleil fait sortir de terre?
Aussi je l'aimons ce p'tit r'coin, Et quand j' somm's fatigués d' notr' peine. Main dans la main et sans témoin.
J'y v'nons pleurer comme un' Mad'leine!... Ah! petiot !
Petiot !
Mon pauvr' petiot !
Ile du Moulin-Joly, 1864.
Musique de Victor Parizot. — Éditeur : M. Lebailly, 2, rue Cardinale, Paris.