‹ ChansonsChapitre 51 sur 105 · QUATRE-VINGT-NEUF · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-NEUF

A Théophile Ferré, membre de la Commune de Paris, fusillé au plateau de Satory le 22 novembre 1871.

Avant Quatre-vingt-neuf On n'était pas un homme Sans titre et sans argent, Mais la bête de somme D'un seigneur insolent :

Et notre pauvre France Était dans l'indolence Avant Quatre-vingt-neuf.

Avant Quatre-vingt-neuf, De quelle pauvre race, Tonnerre! étions-nous donc?

Mais de tout on se lasse, Et lançant un juron, Le peuple débonnaire, Dans un jour de colère.

Hurla Quatre-vingt-neuf I

Hurla Quatre-vingt-neuf, Et coupant les racines Qui produisaient les rois, Sur le trône en ruines

Il inscrivit ses droits :

Un trône, comme un saule, S'abat d'un coup d'épaule Dans un Quatre-vingt-neuf.

Dans un Quatre-vingt-neuf, La vengeance publique Marche à pas de géants.

Et c'est la République Qui jaillit de ses flancs :

Cette mère des mâles Qui fait peur aux gens pâles Depuis quatre-vingt-neuf !

Depuis quatre-vingt-neuf, On a taillé les hommes A même les granits.

Ceux du temps où nous sommes Seraient-ils plus petits ?

Pourquoi la décroissance, Et n'est-on plus en France Fils de quatre-vingt-neuf ?

Fils de quatre-vingt-neuf, Ardents comme la foudre Vous construisez des lois, Vous brûlez de la poudre.

Vous châtiez les rois, Et, las de faux apôtres.

Vous en reprenez d'autres Nés de quatre-vingt-neuf.

Nés de quatre-vingt-neuf, Ils ont construit leur aire Avec nos ossements ; Mais les flancs de la terre En sont encor fumants.

Si le peuple sommeille, Gare qu'il se réveille Gomme en quatre-vingt-neuf !

Gomme en quatre-vingt-neuf.

Le peuple est au supplice.

On n'a rien fait pour lui.

Au nom de la justice, Il est temps aujourd'hui Que les serfs des usines, De la terre et des mines Aient leur quatre-vingt-neuf !

Ile du Moulin-Joly, 1866.

Musique de Darcier. — Éditeur : M. Léon Langlois, 48, rue des Petits-Champs, Paris.

A près d'un siècle do la grande Picvolution de 1789, le peuple on est encore à attendre la réalisation des promesses qui lui ont été faites par la bourgeoisie. Bien qu'on ait inscrit en tête des Droits de l'Homme que nous étions tous égaux, il n'en existe pas moins dans la société actuelle deux classes do citoyens ayant des intérêts tout à fait opposés.

C'est au tour dos travailleurs do poursuivre l'œuvre commencée et do hâter l'avènement do la révolution économique, do laquelle sortira l'émancipation humaine et l'égalité pour tous.

C'est ce que j'ai indiqué dans le d(>rnicr couplet de cette chanson, que Darcier n'a pu chanter qu'après la chute de l'empire.

BONJOUR A LA MEUNIERE

^ t}iadc)Hoiselle Rose Choiilicr.

Sur le clos de son bourriquet, Si vous rencontrez la meunière, Vous mettrez bas votre capet, Vous mettrez vos genoux en terre; Mais prenez garde à son caquet, Elle est si belle la meunière !

La tirelonla, Lonlaire, Bonjour à la meunière !

Par les sentiers du chemin creux.

Si vous rencontrez la meunière, Vous en deviendrez amoureux A n'en plus souffrir père et mère.

Elle a le diable dans les yeux ; Elle est si belle la meunière !

La tirelonla, Lonlaire, Bonjour à la meunière !

En jupon court, au long des houx, Si vous rencontrez la meunière, Vous tremblerez sur vos genoux, Vous tomberez en long par terre, Vous hurlerez comme les loups, Elle est si belle la meunière!

La tirelonla, Lonlaire, Bonjour à la meunière !

Se baignant au long des grands joncs, Si vous rencontrez la meunière, Votre cœur aura des frissons Et vous irez, dans la rivière, Finir vos jours en deux plongeons !

Elle est si belle la meunière!

La tirelonla, Lonlaire, Bonjour à la meunière!

Oui-dà! cachez-vous bien les yeux, Si vous rencontrez la meunière :

Vous auriez peur de ses cheveux.

Je les ai vus traîner par terre ; Mais elle a bien plus d'amoureux.

Elle est si belle la meunière !

La tirelonla, Lonlaire, Bonjour à la meunière !

Joyeux grillons, petits oiseaux, Si vous rencontrez la meunière, Dites-lui que, le sac au dos.

Vous m'avez vu courant la terre, Avec sa fièvre dans les os :

Elle est si belle la meunière!

La tirelonla, Lonlaire, Bonjour à la meunière !

Villeneuve-Saint-Georges, 1864.

Musique de Darcier. — Éditeur : M. Labbc, 20, rue du Croissant, Paris.

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