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BALLADE

A Murger.

Comme d'un beau rève épris de ton livre, Où j'ai ri peut-être autant que pleuré, Enterré dans l'ombre afin d'y mieux vivre, Je l'ai dans les bois cent fois dévoré.

Je les aime aussi, tes chères frileuses, Heureux souvenirs d'un ciel printanier, Et j'ai tant rêvé de tes amoureuses Que je sais par cœur ton volume entier.

C'est à chaque page un nom de maîtresse. Un jour du passé que nous aimons tant. C'est un rire amer de notre jeunesse.

C'est un flot d'amour qui meurt en chantant!

Au titre frileux de ton cher volume, On se croit d'abord dans un bois désert; Mais les fleurs de mai naissant sous ta plume Ont fait un printemps de tes nuits d'hiver.

De rire et de pleurs mouillant chaque feuille. Dans tes champs fleuris j'ai fait la moisson: Tu m'as donné l'air, j'ai fait la chanson, Et t'offre en. bouquet tes fleurs que je cueille.

Quand l'oiseau frileux qui craint les hivers Dira de son nid que l'aurore est blonde, Nous nous en irons chanter à la ronde Tes joyeux refrains sous les rameaux verts.

Au temps bien heureux des fraîches soirées, De l'amour dans l'herbe et dans les buissons; Au temps bien heureux des moissons dorées. Des soupirs du cœur el des verts gazons,

Un grillon venait, dans la nuit sans voile, Rêver tristement sur un épi mùr, Et chanter en vers une blanche étoile Qui peuplait, dit-on, les champs de l'azur.

« Stella, disait-il, l'amour me dévore.

'( Si tu l'ordonnais je saurais mourir, « Et de cet épi quand viendrait l'aurore « Je t'adresserais mon dernier soupir.

« Tu brilles là haut, je chante sur terre, « Je suis bien petit et bien loin de toi : « De ton palais bleu veux-tu, solitaire, « Sur l'aile du vent venir jusqu'à moi

« Hélas! je suis noir comme la tristesse « Et c'est le hasard qui m'habille ainsi. « Je suis orphelin et n'ai pour richesse « Que les tendres vers que je chante ici. « Mais si tu m'aimais, j'irais par le monde, " Pour te le donner, voler un trésor.

« J'irais dans les blés cueillir à la ronde « L'humble marguerite et le bouton d'or.

« Déjà tu pâlis, et les alouettes

« Dans leur nid de mousse ont chanté deux fois :

« Déjà les pastours et les bergerettes

<i Ont sifflé leur chien pour aller au bois.

« Adieu, ma cruelle! et la nuit prochaine

« Tu me reverras sur cet épi mûr,

« Espérant toujours pour calmer ma peine

« Que tu quitteras les champs de l'azur. »

Au temps desbois morts et des neiges blanches, Au temps où la faim fait courir les loups ; Au temps où le vent fait trembler les branches, Et que les grillons chantent dans leurs trous, Une froide nuit, aux yeux du poëte, De son palais bleu Stella disparut.

Il pleura longtemps, se cacha la tête.

Et dans un trou noir tout seul il mourut.

Juvisy, 1866.

Musique de Darcier. —Éditeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant, Paris.

Je fis cette ballade ainsi que 0 ma cousine Angéîe et Tu vas ■m'oublier, quon trouvera plus loin, sous l'impression que je ressentis en lisant le volume de poésies d'Henri Mùrger, intitulé Nuits d'Hiver.

Je le dis du reste dans ma dédicace :

Tu m'as donné l'air^ j'ai fait la chanson,

Et t'offre en bouquet tes fleurs que je cueille.

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