MON HOMME
Souvenir de mai 71
Au citoyen Martin.
...Ce que je cherche, à bout d'espoir, Sous ces pavés, sous ces ruines, A même ce sang rouge et noir,
Parbleu ! tu le devines :
C'est un gaillard, et l'un de ceux Qui n'ont jamais eu froid aux yeux...
C'est Martin qu'on le nomme, Soldat, l'as-tu vu?... C'est mon homme.
Je te l'ai dit, c'est un grand gas :
Il a près de cinq pieds six pouces, La peau brune, les cheveux ras
Et les moustaches rousses.
Il a le cœur bien planté là, Et des épaules comme ça...
C'est Martin qu'on le nomme.
Soldat, l'as-tu vu?... c'est mon homme.
Il porte une cotte en velours, Une vareuse en laine bleue ; Le béret qu'il met les grands jours.
On le voit d'une lieue.
Son linge est propre comme un sou, Marqué J. M. et sans un trou...
C'est }*Iartin qu'on le nomme, Soldat, l'as-tu vu?... C'est mon homme.
'Voilà Martin... Quant au moral, En dire long c'est pas la peine :
Il travaille comme un cheval
Six grands jours par semaine; Il est bon comme du bon pain Et broierait du fer dans sa main...
C'est Martin qu'on le nomme, Soldat, l'as-tu vu?... C'est mon homme.
Je le connais depuis douze ans Et je l'ai toujours vu le même.
J'ai de lui six jolis enfants,
Et j'ai là le septième !
Qu'est c' que je leur dirai là- bas Si je ne le retrouve pas ?...
C'est Martin qu'on le nomme, Soldat, l'as-tu vu?... C'est mon homme.
Londres, 1874.
Éditeur : AI. Basseroau. 240, rue Saint-Martin, Paris.