‹ ChansonsChapitre 58 sur 105 · QUAND J' MARIERAI MA FILLE · texte numérisé non relu

QUAND J' MARIERAI MA FILLE

A Louis Poulin.

Je fais ma bours' depuis longtemps, Et v'ià qu'eir prend d'ia corpulence.

Dame ! quand on a des enfants, Faut songer à leur existence.

J'ai des écus pour la doter, Ma petite grain' de famille !

Et mes écus, j'ies frai sauter Qiiand j 'marierai ma fille.

J'veux inviter les trois cantons, Et qu'on la mène à la mairie Aux sons des flût's et des pistons, Et que la route soit fleurie.

Le soir, au bal, ah! si j'pouvais Pincer encore un p'tit quadrille!

Bah! je r'trouv'rai bien mes jarrets Quand j'marierai ma fille.

Je veux qu'tout l'mond' soit en gaîté : Les plus bell's noc's sont les plus folles. J'veux qu'on mett' son bonnet d'côté Et que l'on chant' des gaudrioles.

Je veux qu'on vide mes tonneaux, Et qu'au dessert on émoustille Le vin qui dort sous mes fagots Quand j'marierai ma fille.

Mais quand j'pens' qu'ell'ne s'ra plus là A fair' marcher la maisonnée, A m'app'ler son bon vieux papa, A m'caresser tout' la journée, A prendr' son petit air boudeur :

Quand ell' boude elle est si gentille ! Ah! c'est égal, ça m'fendra le cœur Quand j'marierai ma fille.

Allons, allons, c'est mal penser Pour un bonhomme de mon âge :

C'est un ch'min où faut tous passer.

Et c'est si bon le mariage !

Si je ne la mariais pas, Ça f rait du tort à la famille...

Et puis quand on trouve un bon gas Faut marier sa fille.

Paris-Montmartre, 1865.

Éditeur : M. Basscreau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

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