LA &RIVE
A Auguste Caille.
Vite, que diable, à bas du nid!
Le fléau siffle dans les granges.
Le froid a cinglé cette nuit,
Et le brouillard sent les vendanges :
Je vais me gaver comme un muid,
Car je suis fort en appétit.
Vite, que diable, à bas du nid!
Ce brouillard-là sent les vendanges !
Quand le jour est triste et brumeux, Ah ! que je plains les poitrinaires !
Ceux qui s'en vont le ventre creux, Soupant d'espoir et de chimères.
Ces beaux raisins en manteaux bleus.
Ça rend grivois et généreux.
Quand le jour est triste et brumeux, Ah ! que je plains les poitrinaires !
Choisissons le grain velouté.
Comme l'oeil noir d'une fauvette ; Quant au grain vert et picoté.
L'homme en fera de la piquette.
Diable! je vais tout de côté...
La terre tourne en vérité...
Quant au grain vert et picoté, L'homme en fera de la piquette.
Ah ! je l'avoue en tout honneur :
A part le monde à forme impure, Les chiens, la poudre et le chasseur, Rien n'est beau comme la nature !
Gorbleu ! je nage en plein bonheur, Vivent les vignes du seigneur !
Ah ! je l'avoue en tout honneur.
Rien n'est beau comme la nature !
Hé! là-bas, monsieur l'oiseau gris Qui ne buvez que le dimanche !
Vous m'avez l'air d'être assez gris :
Tenez-vous bien sur votre branche.
Gapon, j'ai bu comme deux muids Et je n'ai point le cerveau pris.
Hé, là-bas, monsieur l'oiseau gris, Tenez-vous bien sur votre branche !
Je suis prête à tous les ébats Si mon maître est d'humeur maligne.
Qui le verra?... N'avons-nous pas Un rideau de feuilles de vigne.
Qui fait tourner les échalas ?
Qui donc me met la tête en bas ?
Je suis prête à tous les ébats.
Même sans la feuille de vigne!
Argenteuil, 186^).