‹ ChansonsChapitre 62 sur 105 · LA COQUETTE · texte numérisé non relu

LA COQUETTE

A M. Armand Silvestre.

Soit qu'elle ait ouï-dire ou qu'elle devine

La rare beauté de ses pieds mignons,

En les trempant nus dans la mare aux joncs

Un profond dépit agite Fantine...

... Et les recourbant comme deux roseaux :

Ah! dit la coquette, Il ne se peut pas que toujours on mette De si jolis pieds dans de gros sabots.

Je comprends le bat sur le dos de l'àne, La blouse de toile au garde-moulin.

Les souliers ferrés au chercheur de pain, Le Chaume noirci sur une cabane...

... Et cueillant un lys au sein des roseaux :

Mais, dit la coquette, Il ne se peut pas que toujours on mette De si jolis pieds dans de gros sabots.

Quand on voit des nids et des fleurs nouvelles, Des étoiles d'or briller dans les cieux ; Quand on voit le monde avec de grands yeux, Lorsqu'en soupirant on se sent des ailes...

... Et jetant son lys au sein des roseaux :

Ah ! dit la coquette, Il ne se peut pas que toujours on mette De si jolis pieds dans de gros sabots.

Je comprends la vase et l'anse à la cruche, La laide chenille aux fleurs des pommiers, Les airs langoureux des cornemusiers Et le gros pain bis moisi dans la huche... ... Et dans son dépit, tordant les roseaux :

Ah! dit la coquette.

Il ne se peut pas que toujours on mette De si jolis pieds dans de gros sabots.

Quand on cache en soi tant de belles choses, Quand on a la peau comme du velours, Un cœur qui soupire au temps des amours. Dix ongles bien faits, dix petits doigts roses. ... Et la volupté sortant des roseaux

Dit à la coquette :

Venez, ma mie, il ne faut plus qu'on mette De si jolis pieds dans de gros sabots.

Ile Marante, 1865.

Musique de Darcicr. — Éditeui- : M. Labbo, 20, rue du Croissant, Paris.

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