NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS
A Rosine Compoint.
Cousine, voici le printemps Qui fredonne sur chaque branche, Et l'aubépine en robe blanche Cause amourette aux lilas blancs.
Je viens de voir une hirondelle Portant de la mousse à son nid...
Et cependant c'est bien fini...
Nous n'irons plus au bois, ô ma cousine Angèle !
Jadis, levés de grand matin, Quand le printemps naissait à peine, Nous comptions les fleurs dans la plaine. Et les nids dans le bois voisin.
Ce temps heureux, ça me rappelle Votre chanson que j'aimais tant...
J'en ai la fièvre... et cependant, Nous n'irons plus au bois, ô ma cousine Angèle !
Nous étions enfants tous les deux.
De même taille et du même âge ; Les bonnes femmes du village Nous appelaient les amoureux.
On disait que vous étiez belle, Et que j'étais déjà galant...
J'en rêve encor... et cependant...
Nous n'irons plus au bois, ô ma cousine Angèle !
Pourquoi cela? me direz-vous, J'irais encor sans défiance Revoir les bois de notre enfance Et m'endormir sur vos genoux...
C'est que vous ôtes chaste et belle, Trop chaste, hélas! En attendant Je vous adore... et cependant...
Nous n'irons plus au bois, ô ma cousine Angèle!
C'est qu'aujourd'hui je suis rêveur, C'est vous qui m'avez fait poète ; J'ai trop de souvenirs en tête, Et trop de fièvre au fond du cœur.
C'est que je vous trouve si belle...
J'ai tant rêvé des jours passés...
C'est que... les lauriers sont coupés!
Nous n'irons plus au bois, ô ma cousine Angèle!
Saint-Ouen, 1865.
Musique de Darder. — Éditeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant, Paris.