LÉGENDE RUSTIQUE
A la cousine Aurêlie Beauçrand.
Que le follet roucoule, Que le chat noir se roule, Le diable en prendra soin ; Mais quand le coq chante la poule, Le malheur n'est pas loin.
Les moutons de la mère Eustache,
Son taureau, son mulet,
Son cochon et sa vache, Et même aussi son cervelet, Tout, pour mieux dire, avait la transe, La tête folle et la malchance, A ce point que le vieux bedeau.
Qui ne craignait ni Dieu ni diable, Fit serment de garder l'étable Avec son chien et son fléau.
Que le follet roucoule, Que le chat noir se roule, Le diable en prendra soin ; Mais quand le coq chante la poule, Le malheur n'est pas loin.
Il attendit la nuit entière, Buvant dur et souvent; Mais, bah ! en cette affaire Le diable était bien innocent. Un matin que la mère Eustache Frottait l'échiné de sa vache, Dans un panier en jonc tout neuf, Elle vit que, cachant sa crête.
Son coq noir des pieds à la tête, Chantait la poule et pondait l'œuf.
Que le follet roucoule, Que le chat noir se roule.
Le diable en prendra soin ; Mais quand le coq chante la poule, Le malheur n'est pas loin.
Dam! c'est connu de tout le monde Avoir dans sa maison Un coq qui chante et ponde, Gest de la malchance à foison.
On jeta l'œuf dans la rivière, Et le coq noir eut son affaire :
Le bedeau lui coupa le cou; Et, comme il aimait la volaille, Il promit de faire ripaille.
Et surtout de boire un bon coup.
Que le follet roucoule, Que le chat noir se roule,
Le diable en prendra soin ; Mais quand le coq chante la poule, Le malheur n'est pas loin.
Alors tout revint à la joie :
Le mulet, le taureau;
Et l'habillé de soie Refit du lard à pleine peau.
La mère Eustache, bien calmée, Reprit sa mine accoutumée.
Le vieux bedeau, sans grand fia fia, Aurait mangé toute la bête.
Mais, il commença par la tête.
Et la chantoire l'étrangla.
Que le follet roucoule.
Que le chat noir se roule, Le diable en prendra soin; Mais quand le coq chante la poule.
Le malheur n'est pas loin.
Juvisy, 1866.
Musique de Darcier. — Éditeur : M. Le Bailly, 2, rue Cardinale, Paris.