LE SONNEUR DE MADRID
Au citoyen J. Bonifay.
Bandes noires, videurs de poclies, Noyez-vous dans vos bénitiers.
Au pays des gais muletiers, La liberté se pend aux cloches.
Ah! ah!
Noyez-vous-y donc!
Din don.
La liberté sera marraine Des poupenotsnés en cctemps.
Elle en avait un tous les ans :
C'est bien dommage pour la reine.
Ah! ah!
Baptisez-les donc!
Din don.
Les rois auront beau se défendre, Nous leur ferons toujours la loi .
La grosse reine est sans emploi :
Encore une couronne à vendre.
Ah! ah!
Mais venez-y donc!
Din don.
Gobeurs d'hostie et d'eau bénite, Cafards dorés, gens à plumets, Mangeurs d'impôts, pitres, valets Qui prenez la femelle au gîte...
Ah! ah!
Déménagez-donc !
Din don.
Le peuple est la grande canaille Qu'on corrige à coups de bâton.
Et, si l'on en croit les dit-on, Sa colère est un feu de paille.
Ah! ah!
Eteignez-le donc !
Din don.
Si nos voisins, fiers d'une époque Qu'on appelle quatre-vingt-neuf.
Essayaient de remettre à neuf Leur pavillon qui tombe en loque...
Ah ! ah !
Que l'on rirait donc !
Din don.
Ce n'est pourtant pas difficile De rester le maître chez soi :
Quand le peuple se fâche, un roi Ça fait son bagage et ça file...
Ahl ah!
Souvenez-vous donc !
Din don.
Vous avez ri de nos poètes :
Mais ces amoureux du soleil Vous ont prouvé par leur réveil Qu'ils ne craignaient pas les tempêtes.
Ah ! ah !
Réveillez-vous donc I
Din don.
On peut chanter des sérénades Aux belles "qu'on attend le soir, Ça n'empêche pas de savoir Danser aux sons des fusillades.
Ah ! ah !
Imitez-nous donc !
Din don.
La liberté rend la jeunesse :
Sonnons, sonnons à tour de bras Pour étouffer tous les sabbats Des cloches qui sonnent la messe.
Ah ! ah !
Carillonnez doncl Din don.
Amen pour la sainte boutique !
Je suis fort comme trois géants Depuis un mois que je me pends Aux cloches de la République !
Ah ! ah !
Ecoutez-les donc !
Din don.
Pai-is-Montmavtrc, 1868.
Éditeur : M. Bassoroau, 2i0, rue Saint-Martin, Paris.
On SG souvient des événements qui éclatèrent on Espagne en 1868 et à la suite desquels la reine Isabelle et ses Marlbris durent prendre la poudre d'escampette.
Malheureusement, les prophéties de mon sonneur ne se sont pas réalisées. Un autre Alphonse a remplacé les Marforis.